Association Franco-Allemande de La Rochelle

 

Livres discutés au cercle littéraire

Livres discutés au Cercle littéraire

 CERCLE LITTERAIRE de l'AFA - La Rochelle, depuis février 2022

 

SAISON 2 DU CERCLE LITTERAIRE, 2022-23
toujours à la Crêperie de Verdun, le premier mercredi de chaque mois, 16h30-18h30.

 

ROMANS - NOUVELLES - THEATRE - HUMOUR - POLARS, THRILLERS - TEMOIGNAGES, AUTOBIOGRAPHIES, ETUDES HISTORIQUES - POÉSIE - ESSAIS - BD, ROMANS GRAPHIQUES

 

Nouvelle page pour la saison 2022-23. Les sélections des années antérieures sont à lire en bas de page.

 

ROMANS

 

Hugo BETTAUER, La ville sans Juifs. Un roman d’après-demain (vs. orig. Die Stadt ohne Juden, ein Roman von übermorgen, 1922). Belfond 2017, 186 p.   Dans cette uchronie prémonitoire, Hugo Bettauer imagine que l’Autriche, en pleine crise économique et sociale, décide d’expulser tous les habitants juifs. Non pas qu’ils soient responsables des difficultés du pays, mais ils sont trop intelligents et dominent les Autrichiens. Se pose alors la question : qu’est ce qu’un juif ?  Dans la seconde partie du roman, l’auteur donne la parole à toutes sortes de personnes, chacune représentant une branche de la société. On peut y découvrir des conséquences, parfois drôles, de la disparition d’une partie, au final essentielle, de la population. Le pays s’enfonce dans les difficultés et sombre dans un grand marasme, jusqu’à regretter ses habitants juifs. Mais ceux-ci, bien organisés dans d’autres lieux du monde, auront-ils envie de revenir ?  Hugo Bettauer, journaliste et écrivain autrichien né en 1872, fut assassiné en 1925 par un partisan nazi suite à la parution d’une gazette semi-érotique qui valut à son éditeur d'être qualifié de « cochon de juif ».  

 

Alfred DÖBLIN (1878-1957), Berlin Alexanderplatz, Gallimard 2009, nouv. trad. Olivier Le Lay (Berlin Alexanderplatz, die Geschichte vom Franz Biberkopf, Fischer Vlg Berlin 1929, prem. trad. frse Gallimard 1933).  L'errance de Franz Biberkopf, qui sort de 4 ans de prison, dans le Berlin de la fin des années 20, une ville en pleine transformation. Les tentatives marxistes et la révolution de Spartacus ne sont pas loin, les chemises brunes et les brassards noirs commencent à circuler. Une ville qui grouille de mutilés de guerre et de chômeurs du fait de la débâcle économique allemande. Franz fait tous les petits boulots pour croûter, il déambule dans les bas fonds de Berlin, côtoie la pègre et le peuple des filles des rues, s'associe à une bande de malfaiteurs pour des coups foireux. On baigne dans un univers expressionniste (cinéma et peinture). Une écriture hâchée à la mitraillette pour décrire la folie et l'inhumanité des grandes villes. Et comme épilogue, un long dialogue avec la mort. Un livre dur et noir, y a-t-il une lueur d'espoir pour Franz Biberkopf ?

 

Catalin Dorian FLORESCU, Le turbulent destin de Jacob Obertin. Paris, Seuil, 2013.  (vs orig. Jacob beschliesst zu lieben, 2011)  Jacob Obertin est un perdant pathétique, tous les épisodes de sa turbulente existence en apportent la confirmation. Né dans le Banat (Roumanie actuelle) en 1926 dans une charrette de fumier, il est de constitution chétive, ce qui amène son père à le déshériter au bénéfice d’un bâtard plus apte à reprendre la propriété. Au moment de la guerre et de l’invasion allemande, il tente de tirer son épingle du jeu, assimilé qu’il est aux Souabes germanophones de la région. A l’arrivée des Russes, il est déporté, en principe pour la Sibérie, mais s’échappe du train et atterrit chez un pope roumain pour qui il trie des os humains. Il réussit à revenir dans son village et participe au projet des descendants de Lorrains de prendre le chemin de la Lorraine. Mais à nouveau trahi par son père, il est déporté dans l’Est de la Roumanie… Roman d’aventures et roman d’éducation à la fois, à travers cette Europe centrale secouée par les guerres mondiales.  

 

Christoph HEIN, Prise de territoire, Éditions Métailié 2006.Trad. fr.Nicole Bary. (Landnahme, Suhrkamp, 2004).  “Bernhard Haber, enfant d'une famille de réfugiés chassée de sa terre natale, ne parvient pas à se sentir chez lui dans la ville où ses parents ont dû se réinstaller. Il a dix ans lorsqu'en 1950 sa famille quitte Breslau (Wroclaw) en Silésie pour une petite ville de Saxe dont les habitants voient d'un très mauvais œil l'afflux de réfugiés et de sinistrés. Certes, on a besoin d'artisans mais l'atelier de son père, le menuisier, brûle. Lui non plus n'a pas la vie facile à l'école, les maîtres veulent le "rééduquer", il est la risée de ses camarades et on abat même son chien. Il jure de se venger. Christoph Hein laisse à cinq personnages, à cinq voix, le soin de raconter 50 années de la vie de Bernhard Haber, des années 50 jusqu'à la fin du xxe siècle. Chacun des narrateurs l'a connu à un moment ou à un autre de sa vie, chacun d'entre eux porte sur lui un regard différent : de l'écolier au militant communiste, puis au passeur de clandestins vers Berlin Ouest jusqu'à l'homme d’affaires prospère” (extrait de la 4e de couverture).   Très bon roman qui décrit la situation des réfugiés de la Silésie considérés comme des étrangers en RDA.

 

Elfriede JELINEK, Michael, ein Jugendbuch für die Infantilgesellschaft. rororo 1977 (Rowolt 1972). [‘Michael, un livre de jeunesse pour la société infantile’], non traduit en fr.   Une farce au vitriol sur l’exploitation des jeunes apprentis par la grosse entreprise, à travers des histoires qui s’imbriquent : a) des jeunes de familles pauvres, déjà envahis par les valeurs de la télé et de la société de consommation, traités avec violence par l’entreprise qui les (dé)forme ; b) l’héritière de la grosse entreprise, qui s’est amourachée de Michael, un garçon modeste sous l’emprise de sa mère, une intrigante. Elle lui fait épouser l’héritière et Michael est promu ‘Juniorchef’ ; c) les feuilletons télé gobés par ces jeunes, où se côtoient Flipper le dauphin des mers du sud, et des histoires de dynasties montrant que les riches ne sont pas heureux (non plus). Dans chaque chapitre, une apostrophe didactique aux jeunes apprentis pour leur faire rentrer dans la tête le comportement de travailleur soumis qu’on leur inculque précède 3 sous-chapitres narratifs.  La langue est celle des années 70 en rébellion contre la langue allemande statufiée de l’avant-guerre, où les noms n’ont plus de majuscules et seul subsiste comme ponctuation le point. Années 70 : il fallait tout déstructurer !!!  Narration de style oral désordonné, à multiples voix, où la narratrice apostrophe aussi le lecteur. Un vrai brûlot, très inspiré par le théâtre critique.

 

Christiane LIND, L’Héritage du bout du monde, City Edition 2021. (Im Schatten der goldenen Akazie 2016).  Saga familiale d’une spécialiste des sagas, qui renvoie à l’Australie de la fin du 19ème siècle, autour du destin de deux soeurs de tempéraments opposés très attachées l’une à l’autre, vivant sur une plantation de canne à sucre avec leur père. Un père devenu, depuis le décès tragique de sa femme, d’humeur odieuse, surtout envers l’ainée de ses filles qu’il rend coupable de la mort de son épouse mordue par un serpent venimeux.  En Allemagne au 21ème siècle, deux soeurs inséparables vivent ensemble après la mort accidentelle de leurs parents. Suite à une trahison amoureuse de la cadette envers sa soeur, l’ainée part en Australie où vit une parente éloignée. Les deux, la tante et la petite-nièce, engagent alors des recherches pour élucider leurs racines et les secrets familiaux, la rudesse de la vie des immigrés allemands au siècle précédent, mais aussi sur les aborigènes, leur sagesse, dans la nature magnifique du Queensland. Le passé et le présent sont narrés parallèlement et s’entrecroisent. C’est une histoire de haine, d’amour, de désespoir, qui se dénoue petit à petit pour redonner envie d’écrire une nouvelle histoire de la famille, la troisième. 

 

Erich Maria REMARQUE (1898-1970), Im Westen nichts Neues, Kiepenheuer & Witsch, 17e éd. 2002. Trad. frse A l'ouest rien de nouveau, par A. Hella et O. Bournac, Le Livre de Poche 197, ca. 1961.  Paru en 1929, ce roman est un grand classique de la littérature allemande, un plaidoyer contre la guerre, pour la paix. Pour cette raison le livre fut interdit par les nazis et brûlé dans les autodafés en Allemagne en 1933.  On suit le quotidien d'un groupe de jeunes soldats allemands sur le front ouest pendant la Première Guerre mondiale, raconté par l'un d'eux, Paul. Le ton est factuel, par moments presque humoristique, comme dans les premières pages où le groupe est très content de recevoir des doubles rations de nourriture, et même du tabac. Mais on apprend la raison de cette apparente générosité - sur les cent cinquante hommes de la 2ème compagnie arrivés quinze jours auparavant, il ne reste que quatre-vingts survivants...  La brutalité de la guerre des tranchées, l'absurdité des décisions prises loin du front, la camaraderie entre les soldats, la pénurie de tout en ces dernières années de la guerre, l'aliénation psychologique de toute vie en dehors du conflit, ce livre bouleverse le lecteur, d'autant plus que l'Europe connait à nouveau la guerre sur son sol. Plusieurs fois adapté à l'écran aux Etats-Unis, en 2022, pour la première fois c'est un cinéaste allemand, Edward Berger (1970-), qui le réalise.

 

Peter STAMM,  Agnes, btb-Verlag, Sonderausgabe 2001, © 1998. Éd. fr. Agnès, trad. Nicole Roethel, Christian Bourgois éd. 1998, coll. 'Titres' 81, ISBN 978 2 267 01986 5.  Là où il n´y avait que des solitudes, doit advenir leur histoire. Dès la première ligne du roman, au style factuel, nous apprenons que c´est un échec. C´est la fin de leur histoire d´amour, écrite par le narrateur sous la supervision d´Agnès, qui a poussé celle-ci à disparaître. La vérité des protagonistes, très proche, sans doute, d´une aventure vécue à Chicago, se construit entre ce réel et la fiction d´une histoire dans l´histoire, qui démontre, sans les expliquer, les difficultés à construire une relation vivable et durable, tout en faisant le point sur l´influence que toute lecture ou écriture peut avoir sur nos cerveaux, au point de modifier notre perception du monde, nos sentiments, nos idées, et même nos actes.

 

NOUVELLES

 

Bertolt BRECHT (1898-1956), Nouvelles/Kurzgeschichten, Pocket Bilingue Langues pour Tous, trad. fr. Danielle Laquay-Meudal, 1989, nlle édition 2015. Cinq nouvelles, écrites entre 1919 et 1940, Ein gemeiner Kerl/Un sale type (1919) ; Der Lebenslauf des Boxers Samson-Körner/Curriculum du boxeur Samson-Körner (1925) ; Nordseekrabben/Les Crevettes de la mer du Nord (1927) ; Die unwürdige Greisin/La Vieille Dame indigne (1939) ; Der Augsberger Kreidekreis/Le Cercle de craie d'Augsbourg (1940).  La première nouvelle (Ein gemeiner Kerl) raconte l'histoire d'un homme qui poursuit une femme croisée dans la rue, s'immisce chez elle et s'y installe, pour profiter non seulement de son lit mais aussi se faire entretenir. Brecht a écrit cette histoire quand il n'avait que 21 ans, pour 'choquer la bourgeoisie' pudibonde de l'époque. Plus de cent ans plus tard, le lecteur et peut-être surtout la lectrice est toujours choqué(e), mais non pas par l'immoralité. Ce qui peut choquer de nos jours, surtout depuis les mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc, c'est la soumission totale (enfin presque ! car le vent tourne ....) de cette femme à la volonté de cet homme. On connait Brecht surtout pour ses pièces de théâtre, la traductrice nous invite à découvrir dans ces textes presque toute son œuvre - chacune des nouvelles peut se lire comme l’esquisse d'une de ses pièces célèbres. La série 'Pocket Bilingue Langues pour Tous' nous propose, en plus de la présentation page de gauche, texte allemand, page de droite, traduction française, des notes explicatives en bas de page, souvent très utiles, de vocabulaire, grammaire et rappels historiques.

 

Friedrich DÜRRENMATT, La panne. Une histoire encore possible. (Die Panne. Eine noch mögliche Geschichte). Trad. fr. Armel Guerne. Livre de poche.  L’auteur suisse F D (1921-1990) est célèbre mondialement pour ses pièces de théâtre La visite de la vieille dame et Les Physiciens. La nouvelle La Panne a été adaptée par l’auteur lui-même pour le théâtre. Lieu : la demeure d’un juge à la retraite dans un village au cœur de la Suisse. Temps : une soirée et une nuit. Personnages : trois juristes à la retraite (un juge, un procureur et un avocat), un bourreau, et Alfredo Traps, voyageur de commerce tombé en panne. Sans oublier la cuisinière qui fournit force mets succulents et boissons alcoolisées. Action : la mise en accusation par les vieux magistrats de Traps, soupçonné d’avoir provoqué la mort de son rival en affaires dont il avait séduit l’épouse. L’accusé prend d’abord le grief à la légère puis, l’alcool aidant, il en revendique la responsabilité, finalement fier d’être l’auteur d’un acte exceptionnel. Alors que les vieillards totalement ivres viennent lui apporter le verdict : la peine de mort, ils le trouvent pendu dans sa chambre.

 

Robert MENASSE, Ich kann jeder sagen: Erzählungen vom Ende der Nachkriegsordnung. Suhrkamp 2009, 14 nouvelles. (Trad. fr. Chacun peut dire Je. Nouvelles de la fin de l’après-guerre. eds Jacqueline Chambon 2011).  Le romancier viennois Robert Menasse livre ici un ensemble de brefs récits, tous en JE au masculin,  où chaque narrateur est amené à faire ressurgir en confidence ce qu’il faisait lors d’un événement historique (l’assassinat de JF Kennedy, les attentats révolutionnaires des années 70, la chute du Mur…). Le dérisoire du quotidien, les éternels retours entre les générations, et les incertitudes de la mémoire leur font contrepoint avec humour et cocasserie. Le lecteur est mené par le bout du nez et constamment surpris, à travers un bouquet varié de solutions narratives virtuoses, retours en arrière et tressage des voix notamment. Histoires à déguster une par une, et à relire pour mieux comprendre par où l’auteur nous a fait passer… 

 

Eduard MÖRIKE, Le voyage de Mozart à Prague, trad. fr. Raymond Dhaleine, Editions Sillage (2020). (Mozart auf der Reise nach Prag, 1855). Mozart se rend à Prague avec son épouse Constance, en 1787, pour y présenter la première de son opéra Don Juan. En chemin dans leur carrosse orange, ils font une halte dans le château d’aristocrates qui vont marier l’une de leurs filles. On perçoit très vite le caractère à la fois rêveur et joyeux de Mozart, qui trouve un accueil admiratif auprès de cette famille, à laquelle il conte de nombreuses aventures ainsi que la genèse de l’opéra Don Juan. Le texte, léger, musical, s’achève néanmoins par une note sombre qui évoque la brièveté de la vie de ce génie.

https://editions-sillage.fr/?p=3128 
https://de.wikipedia.org/wiki/Mozart_auf_der_Reise_nach_Prag 

 

Arthur SCHNITZLER, Mademoiselle Else (vs. orig. Fräulein Else,1924) Stock, 'La Cosmopolite' 1980, trad. Dominique Auclères,117 p.  L’auteur nous fait entendre le monologue intérieur de la jeune Else, 19 ans, fille de famille bourgeoise viennoise, en villégiature solitaire dans une station des Alpes. Schnitzler, dans un style léger, ironique et plaisantin, nous raconte une histoire cruelle et dévastatrice pour l’héroïne. Ce texte brillant et original nous entraine dans le tourbillon des pensées souvent contradictoires de la jeune fille. En fait il s’agit ici de la dénonciation du crime qu’est  l’utilisation du corps d’une femme par sa famille et la société qui le considèrent comme un "bien« : la dénonciation d’une prostitution forcée. Ici les parents "vendent" en effet leur fille, ce qui aboutit à une scène stupéfiante, et à une conséquence catastrophique pour Else. Ce texte se prête parfaitement à une interprétation théâtrale par une actrice seule en scène. Il a été et est toujours souvent à l’affiche.

 

SCHNITZLER Arthur, "Le sous-lieutenant Gustel". ("Leutnant Gustl"). Dans : Romans et nouvelles, tome I (1885-1908), La Pochothèque 1994. [+ Romans et nouvelles II (1909-1931)]. https://www.livredepoche.com/livre/romans-et-nouvelles-tome-1-9782253063148  
Comme son père, Schnitzler devient médecin ORL et s’intéresse de près à la psychanalyse. Le récit Leutnant Gustl correspond de par son volume et son contenu à la définition du genre Novelle et inaugure une technique narrative spécifique, le monologue intérieur. Comme dans la plupart des œuvres, on y trouve une critique sociale particulièrement vigoureuse, la cible est ici l’armée autrichienne et ses préjugés, sa conception de l’honneur, son mépris pour les civils. Gustl, qui a rendez-vous le lendemain pour un duel, assiste à un concert où il s’ennuie à mourir ; à la sortie, au vestiaire, il bouscule les gens et est remis vertement à sa place par un boulanger, qui le traite de « Dummer Bub » et pose la main sur son épée, ce qui pour un militaire est une insulte. Même si la scène s’est déroulée discrètement, Gustl est humilié et ne voit pas d’autre porte de sortie que la fuite en Amérique ou le suicide. Il passe la nuit sur un banc, et avant de passer à l’acte, il décide d’entrer dans son café habituel, où le patron lui apprend la mort du boulanger, ce qui lui redonne la joie de vivre. 

 

Anna SEGHERS (1900-1983), L’excursion des jeunes filles qui ne sont plus. Eds Ombres, « Petite bibliothèque Ombres », trad. Joël lefebvre 1993, 55 p. (Der Ausflug der toten Mädchen, New York 1946). Longue nouvelle écrite au Mexique en 1943, pays auprès duquel son autrice, d'origine juive, avait trouvé refuge.  Ce texte éclaire le destin funeste de 15 jeunes filles allemandes, compagnes d’Anna Seghers au lycée, et celui de quelques-uns de leurs amis ou professeurs, qui toutes et tous disparaitront durant la 2nde guerre mondiale : déportations, suicides, bombardements, tortures…  Le récit est doux, vécu comme un rêve qui oscille entre la période de  l’excursion, joyeuse, animée, pleine d’amitiés, et le devenir imprévisible de chacune de ces jeunes filles dans la période 1933-1945 ; il est en même temps terrible, car souvent rien ou presque, de leur adolescence, ne permettait de prévoir les haines et les malheurs liés au régime nazi qu'elles allaient endurer. 

 

Franz WERFEL (1890-1945), Une écriture bleu pâle, Editions Stock, 'La cosmopolite', 150 p. Traduction Robert Dumont.  (Eine blassblaue Frauenschrift, 1941).  Franz Werfel, d’origine pragoise, ami de Kafka, auteur de nombreux romans, nouvelles, poèmes, est à mettre au rang des grands écrivains viennois du début du siècle au même titre que Stefan Zweig, Musil, Broch... Il s’attache à décrire, dans cette longue nouvelle ou bref roman (Novelle à l’allemande) une journée de 1936 dans la vie de Leonidas, haut fonctionnaire d’origine modeste qui a épousé une femme de la haute aristocratie. Cette journée est bouleversée dès le petit déjeuner par l’arrivée d’une lettre d’une ancienne maîtresse, Vera Wormser, juive de Francfort, qui lui demande son soutien pour un jeune homme qu’il suppose dans un premier temps être son propre fils. Aiguillonné par une forte poussée de compassion et de culpabilité, il est prêt à aller à l’encontre des principes qui ont assuré sa réussite, à confesser son aventure à sa femme et à appuyer un scientifique juif pour un poste important. Il apprend en fin de compte que le jeune homme n’est pas son fils et, assistant le soir à une représentation à l’opéra, il décide de revenir à son existence et à ses positions d’avant.

 

Stefan ZWEIG, ‘Amok ou le fou de Malaisie’, dans : La confusion des sentiments et autres récits, coll. « Bouquins », Robert Laffont, Paris, 2013, 1312 p.  Nouvelles traductions de 35 nouvelles de Stefan Zweig, romancier et nouvelliste autrichien majeur du XXème siècle, mort au Brésil en 1942 à Petropolis. (version originale “Amok, oder der Amokläufer”, 1922. ‘Amok laufen’ se dit de quelqu’un qui est devenu subitement fou meutrier). Le narrateur, passager d’un paquebot en provenance de Calcutta, se voit confier par un autre passager, médecin, une histoire extraordinaire. Le récit se situe dans une colonie néerlandaise, dans une zone marécageuse, où la brutalité de la mentalité coloniale est omniprésente, et d’une noirceur sans nom. Le médecin tombe amoureux fou d’une femme, qui lui demande de la faire avorter. Il refuse, elle part, il la cherche, la trouve à un bal, et le lendemain la retrouve agonisante. Elle meurt, son cercueil est embarqué sur le paquebot. Le médecin se jette à la mer avec le corps qui sombre au débarquement.  On reste sans voix à ce récit, le style est fort, très impressionnant.  Un grand  moment de  littérature.    https://fr.wikipedia.org/wiki/Amok_ou_le_Fou_de_Malaisie  

 

Stefan ZWEIG, "Vingt quatre heures de la vie d’une femme" ("Vierundzwanzig Stunden aus dem Leben einer Frau"), nouvelle extraite du recueil La confusion des sentiments, Trad. Françoise Wuilmart 2021, Pavillons Poche (Robert Laffont), préface d'Eric-Emmanuel Schmitt. Une jeune femme provoque un scandale en disparaissant subitement avec un jeune inconnu et en laissant mari et enfants ; seuls le narrateur et une vieille Anglaise prennent sa défense. Oui il est possible qu’une femme de la bonne société vive une passion amoureuse imprévisible, ainsi que va le narrer la dame anglaise, qui elle-même. … Commence alors une seconde histoire : l’héroïne veut sauver par amour un très beau jeune homme, qui n’a de cesse de retourner à sa propre passion : le jeu et la fascination de la roulette. Nouvelle toute en finesse, qui dissèque les sentiments des unes et des autres et qui nous offre quelques pages d’excellence sur le jeu des mains fébriles sur le tapis vert du casino.

 

THÉÂTRE

 

Elfriede JELINEK, Winterreise, ein Theaterspiel. Rowohlt 2011. Trad. frse Winterreise, une pièce de théâtre, Seuil 2012. Neuf  longs monologues, dont un sur l’affaire Natascha Kampusch.  Lus avec fascination pour le travail clinique sur la langue et l’analyse sans pitié de la bêtise au front de taureau = du populisme, du refus de voir, et de la centration pleine de bonne conscience sur soi-même, sa famille et sa maison. Puis cherché la version française pour voir comment c’est même possible de rendre ce travail en fr. - et quel effet ça fait en fr. Le texte est inspiré du cycle de Lieder de Schubert cycle de Lieder de Schubert (sur des poèmes de Wilhelm Müller) Winterreise. Il faudrait y revenir, analyser chacun des 8 fragments - et explorer les chemins de l’inspiration prise dans les 24 Lieder de Schubert, musique, et paroles, pour parler d'aujourd'hui … (ce qui sera fait en 2023...)

 

HUMOUR

 

Ben SCHOTT,  Schottenfreude. German words for the human condition. London: John Murray 2013. 120 entrées en écriture gothique, typographie variée, bel objet relié toile format italien. (trad. fr. Il y a un mot pour tout. Editions du Sous-sol, 2016,  trad. fr. D. Orhan).  Un petit dictionnaire loufoque où l’auteur - un Britannique (!) - invente les mots allemands dont nous avons besoin pour exprimer, par exemple, cette satisfaction que l’on ressent à cocher ce qui est fait sur sa liste ‘à faire’.  La langue allemande a un mot pour cela, d’après Ben Schott : Entlistungsfreude.  Ou cette sensation, que nous avons tous connue, assis dans un train à l’arrêt, d’être en mouvement, alors que ce n’est que le train sur les rails d’à côté qui passe. Schott suggère : Eisenbahnscheinbewegung).  Une ode réjouissante aux ‘mots justes’  que la langue allemande peut multiplier à l’infini ! 

 

Wladimir KAMINER, Der verlorene Sommer, Deutschland raucht auf dem Balkon, 2021, München, Goldmann Verlag.  ISBN 978-3-44220624-7 (non traduit).  Du côté des auteurs "venus d'ailleurs" ayant adopté la langue allemande, le journaliste et écrivain berlinois d´origine russe et juive Wladimir Kaminer, qui a connu la vie en Russie, en RDA, et réside aujourd´hui à Berlin, nous offre, après Russendisko, avec son « Été perdu » (Der verlorene Sommer), paru en 2021 aux éditions Goldmann, une lecture roborative et jouissive. Dans ces chroniques, sa malice iconoclaste, mais toujours bienveillante, témoigne d´une fine connaissance de son pays natal, des Allemands de l´Est et de l´Ouest, et de la nature humaine en général. Nous nous reconnaissons dans les portraits caustiques de toutes ces victimes du Covid qui ont perdu, comme lui-même, sans retour, du temps, du plaisir de vivre, et même un peu d´humanité, de sociabilité et d´intelligence. En rire nous rend plus résilients.

 

TEMOIGNAGES, AUTOBIOGRAPHIES, BIOGRAPHIES, ETUDES HISTORIQUES

 

Viktor KLEMPERER (1881-1963), Ich will Zeugnis ablegen bis zum letzten. Tagebücher 1933-1945, eine Auswahl, Aufbau Taschenbuch Vlg 1996, 361 pp.   (Éd. frse 2000, Seuil, 2 vol. Mes soldats de papier, journal 1933-1941 et Je veux témoigner jusqu'au bout,1942-1945.)  Si les récits de la vie quotidienne des Allemands sous le Troisième Reich ne manquent pas, plus rares sont les témoignages qui nous sont parvenus de ceux que le régime a persécutés mais qui ont réussi à y survivre. Aussi celui de Viktor Klemperer, qui a tenu quasi quotidiennement son journal entre 1933 et 1945, est-il un document particulièrement précieux et édifiant. Universitaire, spécialiste de la littérature française du XVIIème siècle, fils de rabbin mais s'étant converti au protestantisme, Viktor Klemperer a été, dés l'avénement du IIIème Reich, interdit d'enseigner ; à la différence de son illustre cousin, Otto, il n'a pu choisir l'exil mais, se sentant profondément allemand, il a voulu décrire les étapes de sa « mort civile » provoquée par les multiples brimades et interdictions auxquelles lui et sa femme furent soumis. Tenir un journal dans ces conditions était pour lui un combat spirituel contre la barbarie, lui permettait de survivre intellectuellement, mais représentait un risque considérable pour sa vie et celle de ses proches. D'ailleurs il n'a échappé que miraculeusement à la déportation et donc à une mort certaine, ayant pu quitter Dresde, avant d'être arrété, juste avant le terrible bombardement de février 1945. Lire ces carnets nous permet de vivre au quotidien les effets de l'impitoyable entreprise nazie d'éradication de la population juive. C'est un témoignage indispensable.

 

Maxim LEO, Histoire d’un Allemand de l’est, Actes Sud 2010 (Haltet euer Herz bereit. Eine ostdeutsche Familiengeschichte, 2009). Prix du livre européen.
Maxim Leo, né en 1970 à Berlin-Est, est journaliste, scénariste et écrivain. Ce livre retrace près d´un siècle d´histoire de l´Allemagne à travers la vie de sa famille, et cherche à éclairer les destins de ses deux grands-pères, de la montée du nazisme à la seconde guerre mondiale. L´un, Gerhard, juif et exilé avec ses parents en France en 1933, entrera dans la Résistance. L’autre, Werner, resté en Allemagne, profite de la croissance économique puis est envoyé faire la guerre en France, où, fait prisonnier, il reste jusqu’en 1948. Après la guerre, les deux grands pères avec leurs parcours différents ont participé activement à la construction de la RDA (DDR). Membres de la SED, tous les deux ont défendu la politique du parti, même après la chute du mur. La deuxième génération, celle des parents de Maxim, ce sont des enfants de la RDA. Une fois le mur érigé, leur vie est partagée entre espoir, optimisme et déception. Les disputes politiques entre ses parents ont marqué l´enfance de Maxim. Lui n’a eu de problèmes avec le régime que dans les trois dernières années, lorsqu’il participe aux mouvements  contestataires. Récit passionnant des déchirements d´une famille face au nazisme puis au régime communiste.

 

Verena MAYER & Roland KOBERG, Elfriede Jelinek, un portrait, Seuil 2009 (Rowohlt 2006). Sorti l’année suivant son prix Nobel, mais écrit avant. Biographie axée sur son travail d’écrivaine, la réception de ses livres en Autriche et ailleurs, ses réseaux de collaboration pour le théâtre etc., l’écriture comme moteur de l’invention littéraire et comme pilier de vie. La genèse de l’œuvre d'EJ est abordée dans sa progression, chaque œuvre analysée dans son contexte de production et de réception. Avec en arrière-plan les complexités du vécu personnel, le père d’origine juive survivant silencieux puis perdant la parole et la mémoire dans la maladie, la mère une battante qui dresse sa fille à être ce qu’elle n’a pas pu devenir : une musicienne, et veille sur elle jusqu'à ses 9X ans. Et ce qui s’en est suivi pour EJ : conscience hyperaigüe des nœuds relationnels, indignation, provocation, retrait. Ce qui fait d'elle une écrivaine pythie, antenne de résonance des conflits sociaux, psychiques, culturels, pour secouer une société du faire-semblant en s'attaquant à tous les éléments du désordre ambiant. Jusqu’à devenir une écrivaine virtuelle, recevant son Prix Nobel par écrans interposés, qui ne publie plus de romans mais seulement des textes pour la scène, et qui écrit désormais pour son site en libre accès.  Le comité Nobel lui décerne le prix en 2004 pour “le flot musical de voix et de contre-voix”, qui dévoile “avec une exceptionnelle passion langagière l’absurdité et le pouvoir autoritaire des clichés sociaux”.  Son discours pour le Nobel : Im Abseits (en fr. 'Á l'écart') est sur son site.  www.elfriedejelinek.com 

 

Hans Erich NOSSACK (1901-1977) : L’effondrement. eds Héros-Limite 2021, Postface de Walter Boehlich 1961, 80 p. (Der Untergang, 1948). Nouvelle trad. J-Pierre Boyer & Silke Hass.   Un récit puissant, témoignage d’un survivant par hasard des bombardements de Hambourg en 1943 qui ont détruit la ville, personnel, pudique et dépouillé, et par cela universel. Récit où le JE qui témoigne erre entre passé effacé par les bombes et futur à inventer. Dans le chaos de l’impensable, des sentiments contradictoires s’entrecroisent : le soulagement : enfin c’est arrivé = la fin ; la tentative illusoire de chercher dans les ruines des traces de la vie d’avant : “nous n’avons plus de passé”; la parole devient inopérante, la haine est dérisoire, toute action est absurde, l’idée d’avoir possédé des objets est inconcevable, et même son journal tenu depuis 25 ans, disparu. “Nous sommes en dehors du temps”, devenus pur présent. Chacun, survivant ou réfugié, erre pour soi-même, mais le JE reste attentif aux autres souffrants, il ne craint plus qu’une chose : “être écrasé par la souffrance du sort commun”.  Ce récit dépouillé jusqu’à l’os, empathique jusqu’avec les chats errants et les arbres à moitié calcinés qui bourgeonnent, qui “se refont un printemps pour survivre”, impose le respect par son économie de moyens et sa grande humanité.

 

Katherine SAYN-WITTGENSTEIN, La Fin de ma Russie, Journal 1914-1919. Phébus, Paris, 2007, trad. Vera Michalski-Hoffmann. Vs. orig.  Als unsere Welt unterging, München, Siedler Verlag 1997.  Dans son journal retrouvé, la princesse Katherina Sayn-Wittgenstein fait preuve d’une perspicacité impressionnante, et inattendue, sur la société russe à l’époque de la révolution. Elle s’interroge sur le comportement de sa classe sociale dans de nombreuses situations vécues, réfléchit sur les erreurs, accuse, essaie de justifier. C’est un reflet captivant de la révolution russe vue de l’intérieur. K S-W décrit sa vie de tous les jours au début de la première guerre mondiale, son activité comme infirmière qu'elle abandonne par épuisement, son angoisse quotidienne à l'approche de l’armée allemande, son écœurement face à la brutalité des bolcheviks anéantissant l’aristocratie. Elle décrit son impuissance et celle de sa famille devant l’effondrement de la Russie, les torts de sa génération. Ce journal a été retrouvé au fond d’un tiroir bien des années après la fuite des Wittgenstein.

 

Natascha WODIN, Sie kam aus Mariupol, Rowohlt Verlag, rororo 2017.  Ed. frse Elle venait de Marioupol, À la recherche d’une famille perdue en Union Soviétique, Métailié 2020, trad. Alban Lefranc. Natascha Wodin est la fille de travailleurs ukrainiens déportés pendant la deuxième guerre mondiale en Allemagne pour y travailler. Elle est née en 1945 en Bavière dans un camp pour personnes déplacées. Depuis 1994 elle vit à Berlin. Traductrice-interprète du russe, elle a publié plusieurs romans pour l’essentiel autobiographiques. Elle venait de Marioupol couvre un siècle de l’histoire d’une famille ukrainienne, de l’époque tsariste aux années 2000. "Elle", c’est Jewgenia Iwaschtschenko, la mère de l’auteur, née en 1920 dans une famille bourgeoise à Marioupol, et qui s’est suicidée à 36 ans en Allemagne. Le livre raconte la petite histoire dans la grande. Par ses recherches généalogiques, l’auteur parvient à reconstruire les destins de cette mère et de membres de sa famille. Le récit parcourt les différentes catastrophes humanitaires qu'a connues l'Ukraine lors des deux guerres mondiales, de la révolution russe, du régime de Staline, de la montée du nazisme, et dans l’après-guerre en URSS et en Allemagne. Dans le contexte actuel de la guerre en Ukraine, j’ai été particulièrement attiré par le titre du livre et par la photo de couverture, et j’ai été intéressé d’apprendre des aspects de l’histoire de l’Ukraine longtemps méconnus de la majorité d’entre nous, comme le cas des "Ost-Arbeiter". L’histoire douloureuse de 20 millions de travailleurs slaves - non juifs - qui ont été déportés, exploités comme des esclaves, et parqués dans des camps de travail forcé pour l’industrie et l’agriculture allemande, reste largement inconnue en Allemagne. Ce livre est un témoignage humainement et historiquement très fort qui ne peut pas nous laisser indifférents. Prix Alfred Döblin 2015. Prix de la Foire du Livre de Leipzig 2017.  Sie kam aus Mariupol est également disponible en allemand comme livre audio chez Argon Verlag (et sur Spotify).

 

Stefan ZWEIG (1881-1942), Le Monde d'hier, Trad. Serge Niemetz 1993, le Livre de poche. (Die Welt von gestern, 1944). Rédigé en 1941 alors que, émigré au Brésil, Stefan Zweig avait déjà décidé de mettre fin à ses jours, Le Monde d'hier est l'un des plus grands livres-témoignages de notre époque. C'est un livre testament, évoquant la Vienne flamboyante du début du XXe siècle, avant la chute. Vendu à 20 000 exemplaires chaque année, il résonne avec le monde actuel par son évocation des élites cultivées, vivant en vase clos, pour qui il était impensable qu’un Hitler puisse prendre le pouvoir, et dont la posture morale a provoqué un repli sur soi et la haine des « masses silencieuses », qu'on ne cherchait pas à comprendre. Il l’envoie à son éditeur à Stockholm peu avant son suicide, celui-ci le publiera en 1944.

 

Stefan ZWEIG : Marie-Antoinette, le Livre de poche. (Marie Antoinette. Bildnis eines mittleren Charakters. Insel, Leipzig 1932). 
https://www.grasset.fr/livres/marie-antoinette-9782246168645
https://www.babelio.com/livres/Zweig-Marie-Antoinette/63998 
https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Antoinette_(biographie_de_Stefan_Zweig) 
et un site dédié à Stefan Zweig : 
https://www.stefanzweig.de/index.html

 

ESSAIS, FRAGMENTS

 

Ferdinand von SCHIRACH, Kaffee und Zigaretten, BTB-Verlag 2019.  L’auteur, qui est aussi avocat, est désormais mondialement célèbre pour ses chroniques judiciaires rassemblées dans les recueils Verbrechen (Crimes) et Schuld (Coupables), ainsi que pour le roman L’affaire Collini porté au cinéma. Recueil de divers textes brefs, récits, commentaires, souvenirs personnels (sa dépression et une tentative de suicide), rencontres, relevant du genre des  mélanges ou miscellanées. On retrouve aussi parfois des références à des procès où Ferdinand von Schirach a joué le rôle de défenseur. 

 

Saison 1 du cercle littéraire, février-juin 2022

 

ROMANS - NOUVELLES - THEATRE - POLARS, THRILLERS - TEMOIGNAGES, AUTOBIOGRAPHIES, ETUDES HISTORIQUES - POÉSIE - ESSAIS  - BD, ROMANS GRAPHIQUES 

 

ROMANS

 

Marlen HAUSHOFER, Le Mur invisible, Babel Actes Sud 1985 (Die Wand, Claasen Verlag 1968). Marlen Haushofer, romancière autrichienne, nous fait partager la vie d'une femme qui se retrouve, suite à une catastrophe sans doute planétaire, seule en pleine forêt. Version moderne de Robinson Crusoé mais où le rôle de Vendredi est assumé par des animaux domestiques qui participeront à sa survie. Nous ne saurons rien de ce qui se passe de l'autre côté du "mur" mais vivrons avec l'héroïne sa lutte contre la solitude et la peur. Cette histoire nous est destinée comme une bouteille à la mer. 

 

Edgar HILSENRATH, Jossel Wassermanns Heimkehr. München, Piper, 1993. Trad. fr.  Le retour au pays de Jossel Wassermann, Albin Michel 2007. Trad. revue, Éditions Le Tripode, 2016. Un homme originaire d’un shtetl juif de Bucovine à la frontière roumaino-ukrainienne et qui a fait sa vie en Suisse convoque à son lit de mort notaire, avocat et secrétaires pour leur dicter son testament en faveur de son village natal, et leur raconter dans tous ses détails sa jeunesse au village, témoignage dont il veut faire hériter sa communauté. Pendant ce temps, les nazis déclenchent la guerre et ses héritiers sont déportés pour l’anéantissement, le village est vidé et razzié. Ce roman est un vibrant hommage à la mémoire, à la capacité de faire revivre en esprit les événements minuscules et les personnages de tout un petit monde. Sur un ton impertinent et humoristique il narre les dialogues quotidiens, l’absurdité de la vie de tout un chacun, faisant revivre un monde anéanti. Hilsenrath est un romancier d’une inventivité sans limite pour évoquer avec un humour noir ravageur et un grand sens de l’absurde l’expérience des victimes et des survivants de la shoah (et du génocide des Arméniens). “La langue allemande est (sa) patrie”, lui qui après avoir bourlingué d’Allemagne en Bucovine, en Palestine, puis aux Etats-Unis, est revenu 25 ans après s’installer et publier son œuvre en Allemagne.   Voir son site :  https://hilsenrath.de 

 

Edgar HILSENRATH. « Dans le roman Le Conte de la pensée dernière (1989 ; Albin Michel, 1992, retraduit au Tripode, en 2014, sous le titre Le Conte de la dernière pensée), pour lequel il a reçu le prestigieux prix Alfred Döblin, l’auteur évoque cette fois le génocide du peuple arménien (1915-1917), en le mettant en parallèle avec la Shoah. La forme du conte qu’il a choisi de lui donner signifie aussi que l’histoire n’a plus de témoins et que la littérature est irremplaçable parce qu’elle devient la gardienne du souvenir.”  <du Monde des Livres, 3 janvier 2019>

 

Edgar HILSENRATH (1926-2018), Orgasme à Moscou, Attila 2013, illustr. couleurs de Henning Wagenbreth. (première publication : Gib acht, Genosse Mandelbaum, Langen Müller 1979, reparu sous le titre : Orgasmus in Moskau, Piper 1982). Parodie de roman d’espionnage, d'un burlesque déjanté. La fille unique du roi de la mafia sicilienne de New York, en voyage à Moscou, tombe folle amoureuse et enceinte d’un petit juif moscovite interdit de passeport. Le père, ultrariche et faisant feu (!) de tous ses pouvoirs, fait mander un spécialiste en enlèvements internationaux pour lui ramener le géniteur et qu’il épouse sa fille, selon la morale sicilienne. Ce qui fera transiter le fiancé par la zone des frontières de l'ancien empire autrichien (Roumanie, Hongrie, aux confins de l'Ukraine et de la Russie), les lieux du shtetl d’enfance et du ghetto où E. Hilsenrath a passé son adolescence… De rebondissement en rebondissement, l'histoire en arrive jusqu'à Jérusalem...  A la base de ce roman, il y a un synopsis de film d’espionnage commandé à E.H. par Otto Preminger.  Hilsenrath, un conteur qui n'a pas froid aux yeux et qui secoue le lecteur par son humour corrosif, entre événements catapultés et dialogues improbables, inventant à chaque livre un nouvel art de raconter. Toute l'œuvre d'Edgar Hilsenrath est désormais disponible en français aux éditions Le Tripode (successeur des éditions Attila) :  
https://le-tripode.net/livre/edgar-hilsenrath/meteore/orgasme-a-moscou  

 

Daniel KEHLMANN, Die Vermessung der Welt, Roman, Rowohlt, Hamburg 2005. Trad. fr. Actes Sud 2007 : Les arpenteurs du monde. (poche Babel 2009).  Adapté au cinéma en 2012. Autour de la rencontre (fictive) entre le naturaliste et géographe Alexander von Humboldt (1769-1859) et le « Prince des mathématiciens » et astronome Carl Friedrich Gauss (1777-1855). Un bestseller mondial du jeune romancier autrichien. 
&
Ilona JERGER, Und Marx stand still in Darwins Garten, Roman, Ullstein, Berlin 2018. Trad. fr.  Marx dans le jardin de Darwin, Editions de Fallois 2019. Réédtion poche, Pocket 2020. Ce livre imagine la rencontre, à la fin de leur vie en Angleterre, du naturaliste et paléontologue anglais Charles Darwin (1809-1882) et du philosophe et économiste Karl Marx (1818-1883). La première incursion dans le roman d’une journaliste scientifique.
Ces deux livres, écrits avec vivacité et humour, de lecture aisée, inventent chacun à sa façon la rencontre entre deux grands penseurs de tempéraments opposés, et évoquent en les faisant dialoguer leurs conceptions du monde, leurs découvertes scientifiques, mêlés à des épisodes de leur vie privée. 

 

Ulla LENZE, Les trois vies de Josef Klein, eds. Jean-Claude Lattès 2021 (Der Empfänger, Klett-Cotta Vlg 2020). Roman sur un agent secret des nazis aux Amériques dans les années 30-50. Le premier de cette romancière à être traduit en fr. 

 

Robert MENASSE, Die Hauptstadt (2017), Deutscher Buchpreis. Trad. fr. La capitale, Verdier 2019. Roman foisonnant et caustique d’un grand auteur autrichien sur Bruxelles et ses réseaux européens.

 

Robert NEUMANN, Die Kinder von Wien, Eichborn, ‘die andere bibliothek’  2008, (1re publication en anglais 1946 Children of Vienna, 1re trad. all. de l’anglais 1948. Réécrit en allemand par l’auteur en 1971. Retrad. fr. de la vs. all. Les enfants de Vienne, Liana Levi 2009). Dans la Vienne en ruines de 1945, une petite communauté d’enfants dans une cave. De la vie ils ne connaissent que la guerre et les techniques de survie. L’après-guerre à hauteur d’enfant. Bouleversant.  Par un auteur viennois satiriste de l’avant-guerre exilé en Angleterre en 1933, qui adopte l’anglais, puis migre en Suisse et revient à la langue allemande.

 

Anna SEGHERS, Das siebte Kreuz, vs all. Mexique et vs angl. New York 1942, trad. fr. La septième croix, Gallimard 1947, rééd. 2020 nouv. traduction, eds. Métailié, avec postface de Christa Wolf.  Dans l'Allemagne nazie de 1937, sept opposants prisonniers dans un camp s’évadent. S’en suit une chasse à l’homme. Le chef du camp fait ériger sept croix pour les torturer à leur reprise. Seul l’un d’eux parvient à se maintenir 7 jours en vie, avec l’aide de quelques personnes, et atteint la frontière hollandaise. Signe d’espoir, encourageant à la lutte contre la répression nazie. Immense roman sur l’Allemagne hitlérienne des années 1930, d’une écrivaine alors en exil en France. A lire ou relire absolument. 

 

Uwe TIMM, Moringa, dtv 1978, roman, non traduit en fr., sur la colonisation allemande en Namibie.

 

Uwe TIMM, Die Entdeckung der Currywurst, dtv, München 2008 (Kiepenheuer und Witsch, Köln 1993). Le souvenir passe-t-il par le goût? Depuis la petite madeleine de Proust, on le sait. Dans ce bref roman ('Novelle' en alld.) le narrateur nous raconte sa recherche d’une dame dont il croit qu’elle a inventé la saucisse au curry. Il la retrouve, longtemps après, en train de tricoter. Mais elle raconte une toute autre histoire, celle de son histoire d’amour avec un soldat allemand déserteur en 1945 à Hambourg. On est tenu en haleine par le récit: va-t-il être fusillé comme déserteur ou bien s’en sortira-t-il vivant? Un récit passionnant et touchant. Uwe Timm, né à Hambourg en 1941, a écrit de nombreux romans.   https://books.openedition.org/pub/40784 

 

Franz WERFEL, Les 40 jours du Musa Dagh, Albin Michel 1936, rééd. 2015. (Die vierzig Tagen des Musa Dagh, 1933).  Un  roman épique sur le génocide des Arméniens et leur rébellion contre les Turcs en 1918, par le grand romancier Franz Werfel. La résistance héroïque en 1915 des villages du Musa Dagh (mont Moïse) en Cilicie contre l’attaque des Turcs venus  les exterminer. La marine française sauva 4000 personnes réfugiées sur la plage  et les transporta en Egypte. « Cette communauté villageoise arménienne, condamnée par les convulsions d’une histoire qui la dépasse, m’est devenue proche. Guettée par la mort, elle revendique sa liberté. Assiégée par un ennemi impitoyable, trahie par une société indifférente, elle choisit la résistance armée… Ce roman est un chef-d’œuvre. »  Elie Wiesel (extrait de la préface). »
http://www.acam-france.org/bibliographie/auteur.php?cle=werfel-franz


NOUVELLES

 

Wolfang BORCHERT (1921-1947), "Das Holz für Morgen". Tiré de :  Die traurigen Geranien und andere Geschichten aus dem Nachlass. Rowohlt, Reinbek 1995. Auteur clé de la "littérature des décombres" (Trümmermliteratur) de l'immédiat après-guerre.  Cette nouvelle, écrite peu avant la mort précoce de l'auteur (1921-1947), parle d’un jeune homme brisé par la guerre et désespéré. L’idée du suicide l’habite, il veut passer à l’acte. En montant au grenier il redécouvre brusquement des rayures abimant la rampe du haut en bas de l’escalier, traces qu’il a occasionnées lui-même un jour avec un outil coupant. Cet acte oublié le ramène à la réalité, il veut le réparer et dépose son peu d'argent près de la loge du concierge. En même temps la voix de sa mère se fait entendre, l’appelant pour chercher du bois. Il descend en courant, courir après la vie….

 

Wolfgang KOHLHAASE,  "Die Erfindung einer Sprache", dans :  Kohlhaase W. Erfindung einer Sprache und andere Erzählungen, Klaus Wagenbach Verlag, Berlin 2021. Première version 1977 sous le titre 'Silvester mit Balzac und andere Erzählungen', Aufbau Verlag, Berlin. L’auteur de la nouvelle est cinéaste et auteur de scénarios et de pièces radiophoniques.  La nouvelle, non parue en français, est la source d’inspiration du film “Persische Stunden”, “Leçons de persan”, de Vadim Perelman (2020). Pour sauver sa peau, un jeune prisonnier juif d’un camp d’extermination nazi se fait passer pour persan et invente jour après jour une langue pour l’enseigner au kapo du camp qui rêve d’une carrière en Iran “après la guerre”.  Accessible pour lecture en ligne (Leseprobe) à : 
https://www.buecher.de/shop/erzaehlungen/erfindung-einer-sprache-und-andere-erzaehlungen/kohlhaase-wolfgang/products_products/detail/prod_id/60783581/

 

Tim KROHN, Herr Brechbühl sucht eine Katze, éd. Galiani Berlin, 2017, ré-éd. Diogenes Verlag Zurich, 2018, 460 pages. Disponible uniquement en allemand.  L'auteur, Tim Krohn, est né en Allemagne en 1965, mais a grandi et vit en Suisse.  L'action du livre se déroule dans une résidence zurichoise, dont les habitants sont retraités, étudiants, immigrés .., et l'oeuvre consiste en 65 courtes nouvelles, traitées à la manière d'une série télévisée (l'auteur écrit aussi des pièces de théâtre ainsi que radiophoniques). Le processus de création est intéressant : Tim Krohn a lancé un crowdfunding (financement participatif) en ligne, et vendait chaque histoire avant de l'avoir écrite ! Les acheteurs choisissaient un sentiment humain (le bonheur, l'orgueil .... ) dans une liste proposée par l'écrivain, avec en plus la possibilité d'ajouter trois mots personnels à intégrer dans l'histoire qui serait créée.

 

Siegfried LENZ (1926-2014), "Der Leseteufel", nouvelle tirée du recueil So zärtlich war Suleyken, Masurische Geschichten, Hoffman und Campe Verlag 1955 (Le diable de la lecture. de : Tendre était Suleyken, Histoires de Mazurie, non traduit en fr.).  Le premier recueil de nouvelles d'un auteur majeur de l'après-guerre, nouvelliste, romancier et journaliste, originaire de Mazurie (jadis Prusse orientale, aujourd'hui en Pologne).  Ce recueil est inspiré des petites gens de la région de marécages et de forêts de son enfance, lieu clé de son œuvre.  Un vieux paysan découvre sur le tard tout seul la lecture. Sa fureur de lire le plonge dans les rares ouvrages imprimés qui passent à sa portée (almanachs, manuels techniques), et suscite chez lui un comportement étrange pour son environnement illettré, ... qui lui sauvera la vie face à l'attaque d'une bande armée.

 

Rainer Maria RILKE, Au fil de la vie (Nouvelles et esquisses) / Am Leben hin (Novellen und Skizzen), Folio bilingue*, Editions Gallimard, 2021. 11 courtes nouvelles, publiées en 1898, mélancoliques, touchantes, parfois cruelles, autour du temps qui passe, la vieillesse, la mort.  (*Dans les éditions bilingues de la série Folio bilingue à  https://www.folio-lesite.fr/Catalogue/Folio/Folio-bilingue , les textes français et allemands se font face en double page. Un excellent moyen pour le germanophile qui est seulement moyennement germanophone de goûter les auteurs allemands et autrichiens).

 

Bernhard SCHLINK, « La circoncision », nouvelle extraite du recueil Amours en fuite, Folio 2006 (Liebesfluchten, 2000). Andi et Sarah, jeunes Américains des années 2000, vivent à New York et s’aiment. Mais Andi est d’origine allemande et Sarah est de religion juive. Le passé des uns et des autres va s’introduire dans leur amour.

 

Aux Editions Sillage, une collection de volumes petit format de textes brefs du domaine germanique, en expansion rapide, à suivre :    https://editions-sillage.fr/?tag=germanique
dont : 
Heimito von DODERER, Mort d’une dame en été (Tod einer Dame im Sommer, nouvelle parue pour la première fois en 1966 dans le recueil Unter schwarzen Sternen (Münich, Biederstein Verlag).  La veuve d’une personnalité importante de Vienne vient à mourir, seule dans un grand et bel appartement. Le narrateur, seule personne des connaissances de cette dame à être resté durant l’été à Vienne, va se trouver obligé d’organiser les obsèques. D’où une critique assez pétulante des habitudes de la bonne société viennoise durant l’été.
&
Joseph ROTH, La légende du Saint buveur (Die Legende vom heiligen Trinker) est son dernier texte, paru pour la première fois en volume à Amsterdam en 1939, après sa mort à Paris.  Le clochard Andréas va passer la nuit dehors sous un pont de Paris lorsque, par miracle, surgit un homme bien vêtu qui lui donne deux cent francs. S’en suivent diverses aventures au cours desquelles Andréas s’efforce (et réussit pour ensuite mieux la perdre) de rassembler la somme due à Sainte Thérèse. On peut penser que sur la fin de sa vie, Joseph Roth ayant sombré dans l’alcool, a ainsi écrit une sorte de testament teinté d’espoir sur la condition de clochard parisien. 


THEATRE

 

Patrick SÜSKIND, La Contrebasse. le Livre de Poche (Der Kontrabass, Diogenes Verlag, Zurich,1984). Ce monologue, écrit pour le théâtre, est un texte rythmé, vécu par l’instrumentiste, qui mélange à la fois la vie de la contrebasse et celle, plus intime, du musicien. Leur relation est passionnelle et inextricable, de l’amour absolu à la détestation totale. Un vrai régal !


POLARS, THRILLERS

 

Ingrid NOLL, Der Hahn ist tot, Diogenes Verlag, Zürich 1991 (ré-éd. 2001). Trad. fr. J-L Tiesset, Rien que pour moi, Calmann-Levy, 1996.   Ingrid Noll (1935- ), considérée comme "la reine du polar allemand", est traduite en de nombreuses langues. Une cinquantenaire solitaire tombe amoureuse, la dernière chance de sa vie. Elle fera tout pour avoir cet homme, jusqu'à devenir une tueuse en série, éliminant ses rivales réelles ou supposées. Sans trop vouloir révéler, il n'y a que le chien qui s'en sorte indemne ! Cynique, amoral, un régal d'humour noir. Le titre allemand évoque le canon à 5 voix français : Le coq est mort. Traduit dans 27 pays.  https://de.wikipedia.org/wiki/Ingrid_Noll

 

Andrea Maria SCHENKEL, Tromperie, Actes Sud 2020 (Der Täuscher, Hoffmann und Campe Verlag, 2013). Ce roman policier relate l’enquête faisant suite à un double meurtre qui a défrayé la chronique en Allemagne en 1920. L‘accusé Täuscher, fils de bonne famille, gâté par la vie mais (et?) ayant deux maîtresses, aura beau tout tenter pour se défendre, il sera condamné à la peine de mort ; mais n’était-il pas un assassin trop parfait ?


TEMOIGNAGES, AUTOBIOGRAPHIES, BIOGRAPHIES, ETUDES HISTORIQUES

 

Wibke BRUHNS, Meines Vaters Land, Geschichte einer deutschen Familie. Econ, München 2004. Trad. fr. Le pays de mon père, Arènes 2009 et Livre de poche.  Quête autobiographique d’une ex-journaliste en vue, sur son père exécuté en 1944 pour complot contre Hitler. 

 

Marie DARRIEUSSECQ, Etre ici est une splendeur, Vie de Paula M Becker, POL 2016. + poche Folio.  Le livre retrace, par fragments, la vie de Paula Becker (1876-1907), peintre allemande pré-expressionniste, admiratrice de Cézanne et Gauguin, tiraillée entre sa vie de couple avec Otto Modersohn, peintre conventionnel et sa chère liberté, séjournant plusieurs fois à Paris notamment pour suivre des cours aux Beaux Arts, et morte après son premier enfant. Les tableaux et la correspondance de l’artiste permettent à MD de reconstituer ce parcours d’une jeune femme éprise de liberté à Paris, amie de Rilke et fréquentant l'avant-garde artistique et littéraire. Paula a vécu à Worpswede, un village au nord de l’Allemagne qui abritait une colonie d’artistes. Elle y peignait des modèles de la campagne environnante, des visages, des corps. Ecriture fragmentée, au fil de la recherche pour reconstituer la vie de cette artiste méconnue.

 

Hans DIBOLD (1904-1991), J’étais médecin à Stalingrad, (eds France-Empire 1955), repris en Livre de poche. (Arzt in Stalingrad. Passion einer Gefangenschaft, 1949). Roman autobiographique fortement documentaire (ou document fortement romancé) d’un médecin militaire autrichien exerçant dans un camp de prisonniers de guerre en Union soviétique de 1943 à 1947. Il est question d’actes chirurgicaux et d’autopsies, des relations entre les prisonniers allemands et les Russes… Cet ouvrage se veut un témoignage significatif sur l’exercice de la médecine en temps de guerre.. 

 

Philip OLTERMANN, The Stasi Poetry Circle. The Creative Writing Class that Tried to Win the Cold War, Faber, 2022.  Ecrit par un journaliste allemand (et disponible seulement en anglais pour le moment). Convaincue que les écrivains intégraient des messages subversifs dans leurs oeuvres, la Stasi a décidé de former ses propres écrivains et de mettre la poésie au service de la lutte contre l’ennemi de classe.  Des soldats et gardes-frontières se réunissaient tous les mois pour apprendre à écrire des vers lyriques ….  Oltermann, journaliste au Guardian et à la Süddeutsche Zeitung, a passé 5 ans à fouiller dans les archives de la Stasi.   https://www.faber.co.uk/product/9780571331192-the-stasi-poetry-circle/  

 

Sasa STANISIC, Herkunft (2019). A reçu le Deutscher Buchpreis. Trad. fr. Origines, Stock 2021. Ouvrage autobiographique à la forme poétique et originale. L’auteur, né en Yougoslavie d’un père serbe et d’une mère bosniaque, vagabonde dans sa mémoire à la recherche de ses origines. Avec autodérision et une grande justesse, il évoque son arrivée en Allemagne, son adolescence et la difficulté à trouver sa place et à comprendre qui l’on est. Un ouvrage dans lequel l’intime rejoint l’universel.


POESIE

 

Peter NIM, Zwölf Haiku (bilingue all.-fr.). (beau livre illustré grand format sur papier artisanal).

&

Peter NIM : Jahr und Tag /An Jour, 136 Haiku. ill. Pierre Tual,  trad. fr. Joël Vincent, éd. Delatour France (2009). Edition courante et plus exhaustive du choix de haiku ci-dessus. 

 

Pascal C. TANGUY, Fenster zum Licht - Fenêtre ouverte sur la lumière, Lyrik / Poésie, Albatros Verlag Wien 2012,  Cet auteur autrichien bilingue joue de ses deux langues, écrivant ses poésies soit en français, soit en allemand, avec  autotraduction en vis-à-vis.  Poèmes très brefs, un ou deux mots par vers … Il écrit aussi pour le théâtre, en français.  Voir son site : http://pascalctanguy.com/PASCALCTANGUY/Pascal_C_Tanguy.html 

 

BD, ROMANS GRAPHIQUES

 

Simon SCHWARTZ, Drüben, Avant-Verlag 2009, roman graphique noir & blanc.  In seinem Debüt "drüben!" erzählt der junge Zeichner und Autor Simon Schwartz von der schwierigen Entscheidung seiner Eltern, Anfang der 1980er Jahre die DDR für immer zu verlassen. Er verknüpft in seiner Erzählung ein wichtiges Kapitel der jüngeren deutschen Vergangenheit mit seiner eigenen persönlichen Geschichte. Damit opponieren beide nicht nur gegen die allgegenwärtige Diktatur des Arbeiter- und Bauernstaates, sondern zwangsläufig auch gegen Teile ihrer eigenen Familien und ihrer Herkunft. Ab diesem Zeitpunkt sollte ihr einziger Sohn zwischen zwei deutschen Staaten aufwachsen. Simon Schwartz verknüpft in seiner Erzählung ein wichtiges Kapitel der jüngeren deutschen Vergangenheit mit seiner eigenen persönlichen Geschichte.  https://www.avant-verlag.de/comics/drueben/#cc-m-product-8774125520  


ESSAIS

 

Johannes WILLMS, Die deutsche Krankheit. Eine kurze Geschichte der Gegenwart, Carl Hanser Verlag 2001. (Trad. fr. B. Lortholary, La maladie allemande. Une brève histoire du présent, Gallimard 2005). C'est un livre à dimension pamphlétaire sur l'histoire de l'Allemagne, en 5 parties : Morphologie, Infection, Incubation, Paroxysme, Mutation (l'avant-dernière étant l'histoire du nazisme). Il analyse le comportement du petit bourgeois allemand face aux évenements passés, face au nazisme, et plus récents comme la réunification, et diagnostique un comportement dérangé par rapport à la normalité. Le film "L’affaire Collini", sorti récemment en France, en est l’illustration.  L’auteur, historien et journaliste, n’est pas tendre envers ses compatriotes, on sent une animosité envers ces petits bourgeois allemands. Mais le livre a été écrit en 2001 : est-il toujours d’actualité ?    Voir sur l'auteur :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Johannes_Willms 

 

 

CONSEILS DE LECTURE (archive, avant 2016)

  • Fabrice Virgili: Naître ennemi. Les enfants des couples franco-allemands nés pendant la Seconde Guerre Mondiale. Éditions Payot, Paris 2009, ISBN 978-2-228-90399-8
  •  Silke Satjukow & Rainer Gries: "Bankerte!" Besatzungskinder in Deutschland nach 1945, Campus Verlag, Frankfurt/New York 2015, 29,90 Euro, ISBN: 978-593-50286-1
  • Prix  Jean Monnet du dialogue européen: Manfred Flügge pour  "Le bleu des anges" chez Grasset 2014.
  • Prix  Jean Monnet  de littérature européenne:Erri de Luca pour  "Le tort du soldat"  chez  Gallimard 2012.
  • François Pairault: "Un amour allemand" témoignage /geste édition 2011. 
  • Helga Schneider:  "Lass mich  gehen", Piperverlag 2003 
  • Dasa Drndic:  "Sonnenschein"  Gallimard 2007-2013.
  • David Foenkinos: "Charlotte" Gallimard  2014.
  • Daniel Kehlmann: Die Vermessung der Welt (Les arpenteurs du monde) Rohwolt 2005.
  • Daniel Kehlmann: '"Ruhm" Rohwolt 2009
  • Hanna Ringena:  "Moi, enfant de la guerre"  Le croit Vif Saintes 2015
  • Johannes Willms: "Bismarck? Daemon der Deutschen"  dtv 2015
  • Georges Valance : Petite histoire de la  germanophobie, Flammarion 2013

 

 

 

Bibliographie sur le site de l'ANEG:   anegfrance.free.fr/ENGUER0C.HTM

 

  • August Hampel,  J'occupais Royan 1943-1945. Editions Le Croît Vif.
  • Aurélie Luneau, Jeanne Guérout,

    Stefan Martens,

    Comme un Allemand en France. Lettres inédites sous l'Occupation, 1940-1944. Ed. L’Iconoclaste.
  • Nicolas Offenstadt, Le pays disparu. Sur les traces de la RDA,  Stock.