CERCLE LITTERAIRE
Saison 5, 2025-26
Saison 5 : notre Cercle a migré dans un nouveau lieu : les salons de l'Hotel Champlain, 30 rue Rambaud, près de la place de Verdun. Nous nous y retrouvons les premiers mercredis du mois à 16h30 : 3 septembre, 1er octobre, 5 novembre, 3 décembre 2025, ((7 janvier 26 annulé pour tempête de neige)), 4 février, 4 mars, ...
Prochaines rencontres les mercredis à 16h30 : attention date exceptionnelle d'avril : mercredi 15 avril, puis le 6 mai, le 3 juin.
Entrée dans la saison 5 ...
Découvertes de l’été, recommandées en septembre
Günter GRASS, Das Treffen in Teigte. (Vfr : Rencontre en Westphalie). Une rencontre d’écrivains baroques en 1647 (la dernière année de la Guerre de 30 ans, 300 ans avant le Groupe 47). Et le narrateur s’avère être … le Baron de Münchhausen… Livre codé, hommage à Hans Werner Richter, l'organisateur et modérateur des rencontres du Gruppe 47, représenté en 1647 sous les traits du poète Simon Dach, tandis que G. Grass semble se dessiner sous les traits de Christoffel / Grimmelshausen. Enfin, l’action se déroule dans une auberge, le Brückenhof, tenu par une certaine Libuschka, surnommée Courage ou Courasche…
Alan BENNETT, La reine des lectrices, folio 2014. Comment la reine d’Angleterre découvre un bibliobus dans une arrière-cour de son palais et, par politesse, y emprunte un livre. Ce qui l’entraîne très (trop?) loin dans la découverte d’une activité nouvelle qui bouleverse ses façons de voir. Une fable moderne pleine d’humour, qui nous éclaire sur ce que nous fait la lecture et comment elle peut nous transformer. Assentiment unanime.
Aaron APPELFELD, Badenheim 1939. VG
Han KANG, Leçons de grec (Prix Nobel 2024, Corée du Sud). GH
THOREAU Henry David, Walden ou la Vie dans les bois. GH
Andrea Maria SCHENKEL 3 polars dont : La ferme du crime. FP
Dov LYNCH, Hauts-Fonds, Seuil 2018. Sur les identités perdues. Vienne et les bords du Danube, des années précédant la Seconde guerre mondiale à nos jours. Lu et relu : tout reprendre pour apercevoir là où le lecteur a été trompé… Re-relu : pour le tressage des points de vue et les déplacements dans les époques. Magnifique portrait d'un homme perdu à travers les tribulations de l'histoire, la guerre, la dénazification de l'Autriche et ses doubles fonds. Un livre en forme de thriller historique, qui évoque l'ambiance du Troisième Homme de Graham Greene, magnifiquement écrit. L'auteur est un diplomate irlandais, mais a opté pour le français dans ses romans...
Der komische Kafka. à picorer, pour apercevoir ce qui faisait rire du temps de Kafka, homme qui aimait plaisanter.
Les listes du petit jeu de rentrée : 3 livres qu'on aimerait partager
• 3 livres lus et aimés récemment, chaleureusement recommandés x CN
Katja OSKAMP, Marzahn mon amour. Zulma, 2023. (VO Marzahn Mon Amour. Geschichten einer Fußpflegerin, Hanser Vlg 2019). Portraits et histoires de vie de gens modestes, captés “d’en bas” avec sensibilité et affection par la pédicure d’un immeuble de la banlieue est de Berlin.
Guillaume MÉTAYER, A comme Babel. traduction, poétique. Préface Marc de Launay. Eds La Rumeur libre, 2020. Chroniques palpitantes d’un traducteur de poésie, de l’allemand (Nietzche, Poésies complètes), du hongrois et de quelques autres langues d’Europe centrale.
Friederike MAYRÖCKER, Voyage dans la nuit. Atelier de l’agneau 2022 (VO Reise durch die Nacht, Suhrkamp 1984). Méditations et ruminations cosmiques dans le rythme du train de nuit, par la grande poète autrichienne (1924-2021).
3 livres marquants x HN :
Marco BALZANO (2014), Ich bleibe hier.
Annett GRÖSCHNER (2025), Schwebende Lasten.
Stefanie ZWEIG (1995), Nirgendwo in Afrika.
• 3 livres découverts, à lire
Hans Magnus ENZENSBERGER, Tumult. Suhrkamp 2014. Le jeune Hans Magnus Enzensberger, activiste de gauche dans les années 60, devenu journaliste, créateur de revues d’idées, éditeur, traducteur, écrivain, poète, raconté par lui-même dans son grand âge.
Maja HADERLAP, L’ange de l’oubli. Métailié, ‘Bibliothèque allemande’, 2015. Fêlures transmises entre générations taiseuses, chez les Slovènes des montagnes carinthiennes, réprimés et massacrés durant le nazisme.
Mireille GANSEL, Traduire comme transhumer, eds de la Coopérative, 2025. Une ethnologue traductrice de l’allemand et du vietnamien raconte…
Discussions nourries sur les habitudes de lecture de chacun-e, et sur la diversité des pratiques de lecture :
livres à dévorer, à lire en continu, à butiner ou picorer, livres qui nous concernent mais sur lesquels on cale, livres où on patine sans arriver au bout, livres à lire et relire, …
(et : livres qu’on n’a pas aimés, on les omet)…
Livres surprise
ROMANS - NOUVELLES - THEATRE - HUMOUR - POLARS, THRILLERS -
TEMOIGNAGES, AUTOBIOGRAPHIES, ETUDES HISTORIQUES - POÉSIE - ESSAIS -
BD, ROMANS GRAPHIQUES - ENFANCE, JEUNESSE.
Sélection de la saison 5.
ROMANS
Hermann BROCH, Der Tod des Vergil (1936-1945, 6 versions), vu par l’analyse qu’en donne Maurice BLANCHOT, Le livre à venir (1959, repris folio-essais). roman historique. GH
Jenny ERPENBECK, Kairos. Gallimard 2025, trad. de l’alld x Rose Labourie. (VO, Kairos, penguin_de, 2021). International Booker Prize 2024. Un amour fou et une emprise entre une jeune femme de 19 ans, Katharina, et un homme cinquantenaire, Hans, dans les dernières années de la RDA (1986-1992). Hans est homme de radio, écrivain établi, sa vie publique et son statut exigent la discrétion, Katharina va de formations en stages pour se construire une vie d’adulte selon ses vœux. Leur amour n’est pas dans le quotidien, ils savourent les instants en se créant des souvenirs. Un prologue montre Katharina en train d’exhumer des lettres et objets intimes, souvenirs de leur histoire. Suit l’épisode de la rencontre, maintes fois repris en écho au fil des épisodes. Entre intensité et attente, petits arrangements et mensonges, frustrations des autres personnes reliées à l’un ou à l’autre, il exige d’elle une sincérité absolue, prend des précautions et met des limites. Cette relation a un tel coût pour chacun-e qu’il devient inimaginable de ne pas croire à un amour absolu (Elle) ou qu’elle lui doive à lui un amour absolu (Lui). Puis Hans devient violent, l’humilie, la soumet à une procédure d’inquisition, tandis qu’elle accepte tout de lui pour sauver leur amour. Dans ce roman conté au présent, on n’est jamais pleinement dans le présent, mais toujours entre le passé et le futur. La maîtrise narrative éblouissante de J.Erpenbeck entremêle les points de vue des deux protagonistes dans des réflexions intérieures qui se font écho, et intègre en un flux souple événements, notes de journal ou d’agenda, dialogues et discours intérieurs, en jonglant avec les époques. Lecture palpitante.
Jakob HEIN, Wie Grischa mit einer verwegener Idee beinahe den Weltfrieden auslöste. Galiani, Berlin 2025. [non traduit = Comment Grisha avec son idée audacieuse a presque déclenché la paix mondiale]. Roman picaresque, dont le héros Grischa, un jeune activiste de RDA, nouvellement arrivé dans la très bureaucratique Commission au Plan, cherche à se rendre utile pour son pays. Jakob Hein nous entraîne dans une histoire rocambolesque et satirique. Pour trouver des devises occidentales, dont la RDA, à l’économie au bord de la banqueroute, a besoin, et aussi pour rendre son pays attrayant pour la jeunesse occidentale, il a l’idée de vendre légalement du cannabis dans une « boutique de l’amitié germano-afghane » à un point de passage du Mur à Berlin. L’affaire prend de l’ampleur et le roman « recolle » à la vérité historique en évoquant l’octroi d’un crédit d’un milliard de D-Marks par la Bavière en 1983. Une satire de la bureaucratie administrative et politique des deux côtés de la frontière où on apprend à connaître les rouages juridiques, administratifs et politiques des relations entre la RDA et la RFA sans que ce soit ardu ou abscons.
Erich HACKL, Abschied von Sidonie, Erzählung. Diogenes, 1989. (Trad. fr. L'Adieu de Sidonie, Alinea 2001). Le récit commence en 1933 avec la naissance puis l'abandon immédiat d'une petite fille tzigane. A la charge de la mairie, elle est placée dans une famille d'ouvriers désireuse d'avoir un deuxième enfant. Hans, le père de famille, incarne à lui seul la cruauté de l'époque : successivement enfant affamé, soldat affamé de la première guerre mondiale, puis chômeur miséreux de 1919 à 1924. Dans les années 20, il s'engage dans le Schutzbund (milice de gauche). La famille élève la petite fille comme si c'était la sienne. Mais à partir de 1939, le rouleau compresseur des événements est relayé par celui de l'administration municipale qui n'a de cesse de se débarrasser de la fillette, de la rendre à ses parents, officiellement pour qu'elle ne pèse plus sur les finances de la commune. L'administration joue donc scrupuleusement son rôle, à coups de rapports bien rédigés, dans la belle langue bureaucratique autrichienne. Dans cette belle mécanique, chaque acteur estime qu'il faut faire ce qui est convenable : « Bestialität des Anstands ». Raconté comme une fable et sur fond historique très prégnant, ce récit est poignant. Il fonctionne comme une démonstration sur la responsabilité sociale de telles horreurs.
Daniel KEHLMANN, Die Vermessung der Welt, Rowohlt 2005. Vs fr Les arpenteurs du monde, Actes Sud. Déjà présenté il y a 3 ans, relu à l’occasion du film qui en a été tiré, diffusé dans la semaine du cinéma allemand. CN
Daniel KEHLMANN, Lichtspiel, Rowohlt 2023. sur le cinéaste autrichien G.W. Pabst. V fr Jeux de lumière, Actes Sud 2025. GB
Christof KESSLER, Entscheidung auf Hiddensee, Rote Katze Verlag, Hamburg, 2025. GB
https://rotekatzeverlag.de/shop/roman/entscheidung-auf-hiddensee-christof-kessler/
Angelika KLÜSSENDORF, April, Presses de la Cité, 2016, 256 p. Traduit de l’allemand par François et Régine Mathieu. (VO : April, Kiepenheuer & Witsch, 2014). April est une jeune fille qui, après un séjour en foyer social, cherche à se construire une vie sage, avec travail et domicile, mais qui retombe à chaque fois, emportée par la musique, l’alcool, de mauvais compagnons, etc… bien qu’aidée par les structures sociales inhérentes à l’Allemagne de l’Est juste avant la construction du Mur. Ces errements sont, pour partie, les conséquences d’une enfance entre père absent et mère alcoolique et cruelle. Roman vraisemblablement inspiré de la vie de l’autrice. Le roman est découpé en une vingtaine de chapitres. Le style est vivant, actuel, imagé, souple. On éprouve de la sympathie pour cette jeunesse qui se perd. La fin est largement ouverte sur l’avenir, un avenir qui se jouera à l’ouest. NB : 2e volume de la trilogie April : Das Mädchen 2011 (Trad fr La fille sans nom, Presses de la Cité 2015). April (2014) (trad. fr. April (2016) Presses de la Cité) & Zehn Jahre später (non traduit en fr).
Christian KRACHT, Imperium, Kiepenheuer & Witsch, 2012 (HN). Trad frse Imperium, par Corinna Gepner, Paris, Phébus, 2017. réédition, Paris, Libretto, coll. « Littérature étrangère », 2019. Fiction historique ironique post-coloniale sur August Engelhard, illuminé fondateur d’une colonie végétarienne sur l’archipel Bismarck, alors colonie allemande, en Papouasie-Nouvelle Guinée autour de 1900. HN
Katja LANGE-MÜLLER, Bas de casse, eds Inculte 2019. Trad. Barbara Fontaine. (VO : Die Letzten: Aufzeichnungen aus Udo Posbichs Druckerei. Kiepenheuer & Witsch, Köln 2000). https://www.editions-inculte.fr/produit/bas-de-casse/ AS
Robert MENASSE, Die Vertreibung aus der Hölle, Suhrkamp 2001. Vfr : Chassés de l’enfer, Verdier, 2010. Roman historique à plusieurs niveaux de lecture, qui entrecroise l’époque actuelle et la figure de Manasseh ben Israel, enseignant de Baruch Spinoza, au 17e siècle. MW
Yirmi PINKUS, Le Grand Cabaret du professeur Fabrikant, VO hébreu, Am Oved, 2008, trad. fr. L. Sendrowicz, Grasset, 2013. Ce roman raconte 50 ans d’un cabaret ambulant de théâtre yiddish, dans ce qui est maintenant Pologne, Ukraine et Roumanie, des années 1870 jusqu’au début de la deuxième guerre mondiale. Le professeur, Markus Fabrikant, se donne la mission d’éduquer les masses juives misérables et de les initier à la grande histoire de l’humanité, grâce aux tableaux vivants. La troupe, consistant uniquement en des femmes, recrutées enfants dans les orphelinats, vit comme une grande famille, avec les solidarités, les mesquineries … Ce roman est basé sur les faits, probablement inspiré par la vie de celui considéré comme le père du théâtre yiddish, Abraham Goldfaden, qui a fondé en 1876 la première troupe de théâtre de langue yiddish. Goldfaden fait d’ailleurs une brève apparition - pas franchement à son avantage - dans le livre. Avec l’humour, l’émotion et la tragédie, c’est le récit d’un monde maintenant disparu. Iillustrations de l’auteur, Yirmi Pinkus.
Caroline WAHL, 22 longueurs, Albin Michel, son premier roman (VO, 22 Bahnen, Dumont Verlag 2023). Une étudiante en maths qui nage le soir, et s’occupe de sa petite sœur, la mère étant défaillante et alcoolo. Histoire très touchante. Spiegel Bestseller. "Caroline Wahl findet das Besondere im Alltäglichen und das Tröstliche im Schmerzvollen. Ein berührendes und feinsinniges Buch, mit dem man gern befreundet wäre”. Benedict WELLS.
Caroline WAHL, Windstärke 17, Köln, DuMont Verlag 2024, qui reprend cette histoire familiale du point de vue de la petite sœur. Après le départ de la sœur aînée, au décès de la mère, la cadette se reproche de ne pas avoir assez fait pour sa mère… »Die Ichperspektive katapultiert die Leserinnen und Leser direkt in den Kopf ihrer Hauptfigur. Das ist stark. Wahl gelingt es, Nähe zu schaffen.« Elisa von Hof, Spiegel Bestseller.
Juli ZEH, Simon Urban, 2023. Echanges à distance entre deux anciens amis, journalistes, via les réseaux sociaux. Une forme novatrice, mais avec des clichés (bourgeois de gauche à la campagne en ex-RDA…). Mais, plus profond qu’on ne croit, creuse les causes du succès actuel de l’AfD, et nous éclaire sur la cancel culture : nouveaux médias et réseaux sociaux, influenceurs, par qui on est manipulé.
NOUVELLES
Franz KAFKA, Rainer Maria RILKE, Bernhard SCHLINK, Stefan ZWEIG, Nouvelles en allemand/Erzählungen auf Deutsch, trad. J-P Lefebvre, B. Lortholary, C. Porcell, R. Simon, Folio Bilingue, Gallimard, 2025. Du nouveau dans la collection bilingue Deutsch-Français, avec ces 4 nouvelles qui racontent des relations conflictuelles, latentes ou ouvertes, dans la famille, dans la société… La sentence/Das Urteil de Kafka (1883-1924), prem. parution 1913, extrait de Nouvelles et Récits, met en scène le conflit entre un père et un fils, aux conséquences inattendues et tragiques. Le Fossoyeur/Der Totengräber (vs déf. 1903, extrait de Œuvres en Prose) de Rilke (1875-1926), raconte l’amitié entre deux solitaires, un homme arrivé dans un village à la recherche de travail et une jeune fille de 16 ans. L’homme, d’allure aristocratique, accepte un emploi de fossoyeur, et transforme le cimetière en jardin fleuri. Mais survient la peste … Les pois gourmands/Zuckererbsen, de Bernhard Schlink (1944- ), extrait de Amours en fuite, 2001. Thomas, l’antihéros, soixante-huitard qui a renoncé à la révolution et s’est embourgeoisé, réussit comme architecte, comme peintre, et dans sa vie privée avec les femmes, au point d’en avoir trois … mais un jour il décide de tout quitter. La Gouvernante/Die Gouvernante, de Stefan Zweig (1881-1942), extrait de Romans, Nouvelles et Récits, prem. parution 1907. Un drame familial, raconté du point de vue de deux fillettes observatrices et sensibles. Un très beau recueil !
Robert WALSER (1878-1956), La promenade/Der Spaziergang, trad. fr. B. Lortholary, Folio Bilingue, 1987 (trad. fr.) et 2001 (préface). Robert Walser, écrivain suisse de langue allemande, fut toute sa vie un grand marcheur, dans la nature comme en ville. Le livre raconte une journée dans la vie d’un promeneur, ses observations, pensées, et ses rencontres, parfois planifiées : à sa banque, son bureau des impôts, chez son tailleur, une invitation à déjeuner, parfois le fruit du hasard : une belle femme, une jeune chanteuse, un ‘honnête’ chien … Ces rencontres et échanges sont parfois drôles, comme la demande du promeneur à un libraire qu’on lui montre le livre qui remporte tous les succès et qu’il faut à tout prix avoir lu, … et parfois touchants, comme son exposé de la précarité de l’écrivain à son inspecteur des impôts. Le tout est suivi d’un vibrant plaidoyer pour la promenade. Dans sa vie, Robert Walser a connu un succès d’estime, mais pas commercial. Kafka s’est dit impressionné par ses recueils, il a été en contact avec Hermann Hesse, Max Brod et Musil. Walser mena une existence pauvre et solitaire, et passera les 27 dernières années de sa vie en institut hospitalier fermé.
POLARS, THRILLERS
Richard Birkefeld* et Göran Hachmeister*, Deux dans Berlin, roman policier. (VO 2002, Wer übrig bleibt, hat Recht [Celui qui reste a raison]), trad. fr. 2012, ré-édité au LdP 2022. Prix du Masque Étranger 2022. Deux auteurs pour écrire le devenir de 2 hommes à la fin du monde hitlérien, en 1944, à Berlin, sous les bombes des alliés et la menace proche des Russes. Rupert Haas, commerçant riche et jalousé, dénoncé pour de vagues propos antinazis, s’échappe du camp de Birkenau lors d’un bombardement et rejoint Berlin pour y retrouver sa femme et son fils. Hélas ceux-ci ont été tués par une bombe car les habitants de l’immeuble leur ont refusé l’entrée dans l’abri. Rupert poursuivra chaque habitant et, dans une rage terrible, les tuera l’un après l’autre. Hans Kalterer, officier de la Gestapo blessé sur le front de l’Est, revient à Berlin et veut lui aussi retrouver sa femme. Celle-ci connaît les crimes commis par les nazis envers les juifs, et ne souhaite pas renouer avec Hans, envers lequel elle ne ressent plus que du dégoût. Ancien policier d’élite, Hans reprend ce métier, espérant ainsi le pardon de sa femme ; il est chargé de la recherche d’un haut dignitaire nazi. Les courts chapitres de ce roman palpitant nous font suivre alternativement les 2 hommes dans leurs recherches, dans les ruines de Berlin et sous le fracas des bombes. Deux vies parallèles qui bien sûr vont se rejoindre autour d’un 3me homme, car Hans finit par rechercher ce « serial killer » qui signe ses crimes d’un lambeau de son vêtement de déporté. Rupert, lui, connaitra enfin les vraies raisons de la mort de sa femme. Le titre allemand prendra alors toute sa signification.
TÉMOIGNAGES, (AUTO-)BIOGRAPHIES, ETUDES HISTORIQUES
Ilona JERGER, Lorenz, Piper Vlg München 2023. (Wissensbuch des Jahres 2024). Le livre raconte l’histoire de Konrad Lorenz (1903-1989) du point de vue d’une jeune narratrice fictive en JE, une biologiste comportementale qui partage la passion de K. Lorenz pour les oiseaux. Lorenz, l'un des fondateurs de l’éthologie moderne, a été une icône de la biologie dans les années 70-80 (prix Nobel de médecine et physiologie en 1973 pour « l’organisation et la mise en évidence des modes de comportement individuel et social »). Ce livre mèle roman, non-fiction et récit historique, et le point de vue critique domine, dans la perspective de “revoir l’histoire”. Car K. Lorenz, chercheur important, avait aussi un passé sombre, et était déjà critiqué à son époque pour ses opinions sur la biologie et la société. Membre de la NSDAP depuis 1938, il défendait des théories raciales proches de celles des nazis. Fervent partisan de l’eugénisme, système de croyances reposant sur l’idée que l’hérédité humaine est fixe et immuable, il considérait les maux de la société moderne (délinquance, maladies mentales, alcoolisme et même pauvreté) comme découlant de facteurs héréditaires. L’objectif serait donc d’appliquer des méthodes et pratiques visant à sélectionner le patrimoine génétique de l’espèce humaine (Aufwartung und Verbesserung von Volk und Rasse). Alors aujourd’hui, K. Lorenz aurait-il reçu le Prix Nobel ? Le livre ne donne pas de réponse, mais offre une histoire touchante.
Sophie LORRAIN, ed., Une histoire de l’Allemagne au fil des textes. De Luther à Helmut Kohl. Perrin, 2021, 395 p. Une centaine de textes traduits de l'allemand réunis en 5 chapitres : Qu’est-ce qu’être allemand ? Guerres et paix. Reich, révolutions et républiques. Eglises. Résistances et oppositions Un ouvrage visiblement destiné à des germanistes en formation et qui inciteà la révision des connaissances historiques et des a priori / préjugés sur l’histoire et les mentalités allemandes. Quelques textes que l’on peut définir comme patrimoniaux, par exemple la déclaration des membres de la Rose Blanche en janvier 1943, l’interview de Günter Schabowski le 9 novembre 1989, et d’autres beaucoup plus personnels sur le vécu individuel des événements historiques. Un point positif : la composition autorise à ne pas lire en continu.
Barbara SCHILLING, Meine Berliner Kindheit, Brennzholz, Kartoffelschalen und Bombennächte, Rosenheimer Verlag 2010. IC
Volker WEIDERMANN, Träumer. Als die Dichter die Macht übernahmen. Kiepenheuer&Witsch 2017. Sur la brève Révolution de 1919 en Bavière et son échec. EB
ESSAIS
Arno GEIGER, Das glückliche Geheimnis, dtv 2024 (© 2023 Carl Hanser Vlg), 240 p. (Bestseller Spiegel). En exergue : “Immer hatte ich ein heimliches Leben, und immer war das mein wahres Leben”, Imre Kertesz, Galeeren-tagebuch. Récit personnel, sur le ton de la confidence, avec humour et distance amusée, qui donne accès à l’atelier d’un auteur et aux liens vie-écriture. Arno Geiger conte ses années de formation, guidées par son absolue conviction : il sera écrivain. Parallèlement à ses tentatives de publication, il se livre à une activité peu avouable qui va lui apporter de quoi vivre en attendant mieux, et va se révéler un éclairage précieux sur les gens et leurs vies : au petit matin, il sillonne Vienne à vélo pour fouiller les poubelles de livres et papiers, effectue tri et revente, et plonge dans leur lecture. Ce qui va transformer son regard sur les gens, la société, les liens passé-présent, le langage des individus, et qui nourrit sa réflexion. A cette double vie se mêlent ses histoires amoureuses et ses relations familiales, avec la mort de ses parents, son père atteint par alzheimer (“Le vieux roi en son exil”, 2011), puis sa mère, dans leur village du Vorarlberg. Il nous propose une philosophie du quotidien, sur ce que les déchets nous apprennent de nos sociétés, sur le changement du regard sur les livres et les trésors que sont les livres jetés, sur le fait de jeter (ent-sorgen), sur la répétition (rituels, efforts constants…) et ce qu’elle apporte en intensité et profondeur de vie, sur les secrets et la double vie… Et l’acceptation d’avancer après le secret révélé.
Olivier MANONNI, Traduire Hitler, éditions Héloïse d’Ormesson 2022. Essai passionnant dans lequel Olivier Mannoni raconte comment il a été chargé en 2014 par les éditions Fayard (pas encore rachetées par Bolloré à l’époque !) de re-traduire Mein Kampf d’Adolf Hitler. Cet ouvrage va tomber dans le domaine public en 2016, il s’agit de l’accompagner d’un appareil critique rédigé par un comité d’une cinquantaine d’historiens allemands et français spécialistes de la période. Le fort volume issu de ce travail collectif, portant le titre de Historiciser le mal, est paru en 2021. Mannoni évoque la tempête médiatique provoquée par l’annonce de la publication : publier c’est en faire la publicité pour les uns ; c’est en démonter les mécanismes et les pièges pour les autres. Le mérite de Traduire Hitler est d'exposer le travail du traducteur pour analyser la langue nazie, qui manipule, martyrise et pervertit la langue allemande, endoctrine, désinforme et pousse à la haine. Enfin, Mannoni établit des ponts avec le langage de l’extrême droite française, et avec celui de Trump. Dans la perversion du langage, c’est la démocratie qui est en jeu.
BD, ROMANS GRAPHIQUES
Kurt VONNEGUT, Abattoir 5, ou la Croisade des enfants, adaptation en roman graphique de Ryan North, Seuil / Editions du sous-sol, 2022. Le roman de Kurt Vonnegut est paru en 1969 aux États Unis sous le titre « Slaughterhouse 5 or the children’s crusade ». Trad. en allemand Schlachthof 5 oder der Kinderkreuzzug 1970. Trad. française 1972 (éditions Points). Ce roman est un des romans anti-guerre les plus puissants. Centré sur les bombardements cauchemardesques de Dresde du 13 au 15 février 1945, il reflète les 23 années de Kurt Vonnegut à tenter de digérer ses expériences de prisonnier de guerre américain. Le thème du roman est la destruction d’un être humain -- comment continuer à vivre avec Ses souvenirs traumatisants. K. Vonnegut s’invente un double, Billy Pilgrim (pèlerin), soldat comme lui, qui s’engage dans l’armée, où il est recruté comme auxiliaire de l’aumônier. Il est envoyé au front sans armes, sans entraînement, sans uniforme, et survit inexplicablement là ou ses camarades plus forts s’effondrent. Après la bataille des Ardennes où sa division est anéantie, il est fait prisonnier par les Allemands et envoyé à Dresde, où il survit au bombardement de la ville, caché dans la cave sous un ancien abattoir. De retour chez lui, les horreurs de la guerre ne le lâchent plus, et il commence à s’égarer dans le temps et dans l’espace. Ainsi, après un séjour sur une planète extraterrestre nommée Tralfamadore, Billy Pilgrim revient sur terre avec la capacité de revisiter toutes les époques de sa vie passée et future, contre son gré et sans la possibilité d’influencer son histoire. Dans le roman, cela donne des récits dans le récit, avec des sauts dans le temps et dans l’espace. Le texte est souvent absurde, sarcastique, dur, surréaliste, mais aussi drôle et touchant. Un livre à lire absolument !
LITTÉRATURE ENFANCE & JEUNESSE
Judith KERR, Als Hitler das rosa Kaninchen stahl. Vs orig. angl (GB). Adaptation filmée allemande aux journées du cinéma allemand 2026. FU Trad. frse : Quand Hitler s'empara du lapin rose, trad. Boris Boissard, Paris, Éditions L'École des loisirs, Médium, 1991. Rééd. trad. Antoine Lermuzeau, Albin Michel Jeunesse, 2018, rééd. Le Livre de Poche Jeunesse, 2019.
Christine NÖSTLINGER, Wir pfeifen auf den Gurkenkönig, Rowohlt, 'rottuch', 1973. Deutscher Jugendliteraturpreis 1973. FU. Trad. frse Le Roi des concombres, 1982, Bordas. FU
Christine NÖSTLINGER, Die feuerrote Friederike. © 1970. Dachs 2009, Fischer 2015. Le premier livre de la flamboyante écrivaine pour enfants, sur le thème : quand on n'est pas comme les autres. FU https://www.christine-noestlinger.at/buch/die-feuerrote-friederike