2025-26
La saison 5 a vu notre Cercle migrer dans un nouveau lieu : les salons de l'Hotel Champlain, 30 rue Rambaud, tout près de la place de Verdun. Nous nous sommes retrouvés en ce lieu confortable les premiers mercredis du mois à 16h30 : 3 septembre, 1er octobre, 5 novembre, 3 décembre 2025.
Prochaines rencontres les premiers mercredis du mois à 16h30 : 7 janvier, 4 février 2026, ...
Présentés en octobre :
Jakob HEIN, Wie Grisha mit einer verwegener Idee beinahe den Weltfrieden auslöste. Galiani, Berlin 2025. [non traduit = Comment Grisha avec son idée audacieuse a presque déclenché la paix mondiale]. (on en aurait bien besoin en ce moment…) Roman picaresque, dont le héros Grischa, un jeune activiste de RDA, nouvellement arrivé dans la très bureaucratique Commission au Plan, cherche à se rendre utile pour son pays. Jakob Hein nous entraîne dans une histoire rocambolesque et satirique. Pour trouver des devises occidentales, dont la RDA, à l’économie au bord de la banqueroute, a besoin, et aussi pour rendre son pays attrayant pour la jeunesse occidentale, il a l’idée de vendre légalement du cannabis dans une « boutique de l’amitié germano-agfhane » à un point de passage du Mur à Berlin. L’affaire prend de l’ampleur et le roman « recolle » à la vérité historique en évoquant l’octroi d’un crédit d’un milliard de D-Marks par la Bavière en 1983. Une satire de la bureaucratie administrative et politique des deux côtés de la frontière où on apprend à connaître les rouages juridiques, administratifs et politiques des relations entre la RDA et la RFA sans que ce soit ardu ou abscons.
Erich HACKL, Abschied von Sidonie, Erzählung. Diogenes, 1989. (Trad. fr. L'Adieu de Sidonie, Alinea 2001). Le récit commence en 1933 avec la naissance puis l'abandon immédiat d'une petite fille tzigane. A la charge de la mairie, elle est placée dans une famille d'ouvriers désireuse d'avoir un deuxième enfant. Hans, le père de famille, incarne à lui seul la cruauté de l'époque : successivement enfant affamé, soldat affamé de la première guerre mondiale, puis chômeur miséreux de 1919 à 1924. Dans les années 20, il s'engage dans le Schutzbund (milice de gauche). La famille élève la petite fille comme si c'était la sienne. Mais à partir de 1939, le rouleau compresseur des événements est relayé par celui de l'administration municipale qui n'a de cesse de se débarrasser de la fillette, de la rendre à ses parents, officiellement pour qu'elle ne pèse plus sur les finances de la commune. L'administration joue donc scrupuleusement son rôle, à coups de rapports bien rédigés, dans la belle langue bureaucratique autrichienne. Dans cette belle mécanique, chaque acteur estime qu'il faut faire ce qui est convenable : « Bestialität des Anstands ». Raconté comme une fable et sur fond historique très prégnant, ce récit est poignant. Il fonctionne comme une démonstration sur la responsabilité sociale de telles horreurs.
Christof KESSLER, Entscheidung auf Hiddensee, Rote Katze Verlag, Hamburg, 2025. GB
https://rotekatzeverlag.de/shop/roman/entscheidung-auf-hiddensee-christof-kessler/
Pour amorcer la saison...
Découvertes de l’été, recommandées en septembre
Günter GRASS, Das Treffen in Teigte. (Vfr : Rencontre en Westphalie). Une rencontre d’écrivains baroques en 1647 (la dernière année de la Guerre de 30 ans, 300 ans avant le Groupe 47). Et le narrateur s’avère être … le Baron de Münchhausen… Livre codé, hommage à Hans Werner Richter, l'organisateur et modérateur des rencontres du Gruppe 47, représenté en 1647 sous les traits du poète Simon Dach, tandis que G. Grass semble se dessiner sous les traits de Christoffel / Grimmelshausen. Enfin, l’action se déroule dans une auberge, le Brückenhof, tenu par une certaine Libuschka, surnommée Courage ou Courasche…
Alan BENNETT, La reine des lectrices, folio 2014. Comment la reine d’Angleterre découvre un bibliobus dans une arrière-cour de son palais et, par politesse, y emprunte un livre. Ce qui l’entraîne très (trop?) loin dans la découverte d’une activité nouvelle qui bouleverse ses façons de voir. Une fable moderne pleine d’humour, qui nous éclaire sur ce que nous fait la lecture et comment elle peut nous transformer. Assentiment unanime.
Aaron APPELFELD, Badenheim 1939. VG
Han KANG, Leçons de grec (Prix Nobel 2024, Corée du Sud). GH
THOREAU Henry David, Walden ou la Vie dans les bois. GH
Andrea Maria SCHENKEL 3 polars dont : La ferme du crime. FP
Juli ZEH, Simon Urban, 2023. Echanges à distance entre deux anciens amis, journalistes, via les réseaux sociaux. Une forme novatrice, mais avec des clichés (bourgeois de gauche à la campagne en ex-RDA…). Mais, plus profond qu’on ne croit, creuse les causes du succès actuel de l’AFD, et nous éclaire sur la cancel culture : nouveaux médias et réseaux sociaux, influenceurs, par qui on est manipulé.
Dov LYNCH, Hauts-Fonds, Seuil 2018. Sur les identités perdues. Vienne et les bords du Danube, des années précédant la Seconde guerre mondiale à nos jours. Lu et relu : tout reprendre pour apercevoir là où le lecteur a été trompé… Re-relu : pour le tressage des points de vue et les déplacements dans les époques. Magnifique portrait d'un homme perdu à travers les tribulations de l'histoire, la guerre, la dénazificatoin de l'Autriche et ses doubles fonds. Un livre en forme de thriller historique, non sans évoquer l'ambiance du Troisième Homme de Graham Greene, magnifiquement écrit. L'auteur est un diplomate irlandais, mais a opté pour le français dans ses romans...
Der komische Kafka. (à picorer, pour apercevoir ce qui faisait rire du temps de Kafka, homme qui aimait plaisanter.
Les listes du petit jeu de rentrée : 3 livres qu'on aimerait partager
• 3 livres lus et aimés récemment, chaleureusement recommandés x CN
Katja OSKAMP, Marzahn mon amour. Zulma, 2023. (VO Marzahn Mon Amour. Geschichten einer Fußpflegerin, Hanser Vlg 2019). Portraits et histoires de vie de gens modestes, captés “d’en bas” avec sensibilité et affection par la pédicure d’un immeuble de la banlieue est de Berlin.
Guillaume METAYER, A comme Babel. traduction, poétique, 2020. Préface Marc de Launay. Eds La Rumeur libre. Chroniques palpitantes d’un traducteur de poésie, de l’allemand (Nietzche, Poésies complètes), du hongrois et de quelques autres langues d’Europe centrale.
Friederike MAYRÖCKER, Voyage dans la nuit. Atelier de l’agneau 2022 (VO Reise durch die Nacht, Suhrkamp 1984). Méditations et ruminations cosmiques dans le rythme du train de nuit, par la grande poète autrichienne (1924-2021).
3 livres marquants x HN :
Marco BALZANO (2014), Ich bleibe hier.
Annett GRÖSCHNER (2025), Schwebende Lasten.
Stefanie ZWEIG (1995), Nirgendwo in Afrika.
• 3 livres découverts, à lire
Hans Magnus ENZENSBERGER, Tumult. Suhrkamp 2014. Le jeune Hans Magnus Enzensberger, activiste de gauche dans les années 60, devenu journaliste, créateur de revues d’idées, traducteur, écrivain, poète, raconté par lui-même dans son grand âge.
Maja HADERLAP, L’ange de l’oubli. Métailié, ‘Bibliothèque allemande’, 2015. Fêlures transmises entre générations taiseuses, chez les Slovènes des montagnes carinthiennes, réprimés et massacrés durant le nazisme.
Mireille GANSEL, Traduire comme transhumer, eds de la Coopérative. Une ethnologue traductrice de l’allemand et du vietnamien raconte…
Discussions nourries sur les habitudes de lecture de chacun-e, et sur la diversité des pratiques de lecture :
livres à dévorer, à lire en continu, à butiner ou picorer, livres qui nous concernent mais sur lesquels on cale, où on patine sans arriver au bout, livres à lire et relire, …
(et : livres qu’on n’a pas aimés, on les omet)…
En novembre, on a discuté notamment :
Ilona JERGER, Lorenz, Piper Vlg München 2023. (Wissensbuch des Jahres 2024). Le livre raconte l’histoire de Konrad Lorenz (1903-1989) du point de vue d’une jeune narratrice fictive à la première personne, une biologiste comportementale qui partage la passion de K. Lorenz pour les oiseaux. L'un des fondateurs de l’éthologie moderne, Lorenz a été une icône de la biologie dans les années 70-80 (prix Nobel de médecine et physiologie en 1973 pour « l’organisation et la mise en évidence des modes de comportement individuel et social »). Ce livre mèle roman, non-fiction et récit historique, et le point de vue critique domine, dans la perspective de “revoir l’histoire”. Car K. Lorenz, s’il était un chercheur important, avait aussi un passé sombre et était déjà critiqué à son époque pour ses opinions sur la biologie et la société. Membre de la NSDAP depuis 1938, il défendait des théories raciales proches de celles des nazis. Fervent partisan de l’eugénisme, système de croyances reposant sur l’idée que l’hérédité humaine est fixe et immuable, il considérait les maux de la société moderne (délinquance, maladies mentales, alcoolisme et même pauvreté) comme découlant de facteurs héréditaires. L’objectif serait donc d’appliquer des méthodes et pratiques visant à sélectionner le patrimoine génétique de l’espèce humaine (Aufwartung und Verbesserung von Volk und Rasse). Alors aujourd’hui, K. Lorenz aurait-il reçu le Prix Nobel ? Le livre ne donne pas de réponse, mais offre une histoire touchante.
Jenny ERPENBECK, Kairos. Gallimard 2025, trad. de l’alld x Rose Labourie. (VO, Kairos, penguin_de, 2021). International Booker Prize 2024. Un amour fou et une emprise entre une jeune femme de 19 ans, Katharina, et un homme cinquantenaire, Hans, dans les dernières années de la RDA (1986-1992). Hans est homme de radio, écrivain établi, sa vie publique et son statut exigent la discrétion, Katharina va de formations en stages pour se construire une vie d’adulte selon ses vœux. Leur amour n’est pas dans le quotidien, ils savourent les instants en se créant des souvenirs. Un prologue montre Katharina en train d’exhumer des lettres et objets intimes, souvenirs de leur histoire. Suit l’épisode de la rencontre, maintes fois repris en écho au fil des épisodes. Entre intensité et attente, petits arrangements et mensonges, frustrations des autres personnes reliées à l’un ou à l’autre, il exige d’elle une sincérité absolue, prend des précautions et met des limites. Cette relation a un tel coût pour chacun-e qu’il devient inimaginable de ne pas croire à un amour absolu (Elle) ou qu’elle lui doive à lui un amour absolu (Lui). Puis Hans devient violent, l’humilie, la soumet à une procédure d’inquisition, tandis qu’elle accepte tout de lui pour sauver leur amour. Dans ce roman conté au présent, on n’est jamais pleinement dans le présent, mais toujours entre le passé et le futur. La maîtrise narrative éblouissante de J.Erpenbeck entremêle les points de vue des deux protagonistes dans des réflexions intérieures qui se font écho, et tresse en un flux souple événements, notes de journal ou d’agenda, dialogues et discours intérieurs, en jonglant avec les époques. Lecture palpitante.
Caroline WAHL, 22 longueurs, Albin Michel, son premier roman (VO, 22 Bahnen, Dumont Verlag 2023). Une étudiante en maths qui nage le soir, et s’occupe de sa petite sœur, la mère étant défaillante et alcoolo. Histoire très touchante. Spiegel Bestseller. "Caroline Wahl findet das Besondere im Alltäglichen und das Tröstliche im Schmerzvollen. Ein berührendes und feinsinniges Buch, mit dem man gern befreundet wäre”. Benedict WELLS.
Déjà présenté en oct. le roman suivant :
Caroline WAHL, Windstärke 17, Köln, DuMont Verlag 2024, qui reprend cette histoire familiale du point de vue de la petite sœur. Après le départ de la sœur aînée, au décès de la mère, la cadette se reproche de ne pas avoir assez fait pour sa mère… »Die Ichperspektive katapultiert die Leserinnen und Leser direkt in den Kopf ihrer Hauptfigur. Das ist stark. Wahl gelingt es, Nähe zu schaffen.« Elisa von Hof, SPIEGEL BESTSELLER.
NOUVELLES
Franz KAFKA, Rainer Maria RILKE, Bernhard SCHLINK, Stefan ZWEIG, Nouvelles en allemand/Erzählungen auf Deutsch, trad. J-P Lefebvre, B. Lortholary, C. Porcell, R. Simon, Folio Bilingue, Gallimard, 2025. Du nouveau dans la collection bilingue Deutsch-Français, avec ces 4 nouvelles qui racontent des relations conflictuelles, latentes ou ouvertes, dans la famille, dans la société… La sentence/Das Urteil de Kafka (1883-1924), prem. parution 1913, extrait de Nouvelles et Récits, met en scène le conflit entre un père et un fils, aux conséquences inattendues et tragiques. Le Fossoyeur/Der Totengräber (vs déf. 1903, extrait de Œuvres en Prose) de Rilke (1875-1926), raconte l’amitié entre deux solitaires, un homme arrivé dans un village à la recherche de travail et une jeune fille de 16 ans. L’homme, d’allure aristocratique, accepte un emploi de fossoyeur, et transforme le cimetière en jardin fleuri. Mais survient la peste … Les pois gourmands/Zuckererbsen, de Bernhard Schlink (1944- ), extrait de Amours en fuite, 2001. Thomas, l’antihéros, soixante-huitard qui a renoncé à la révolution et s’est embourgeoisé, réussit comme architecte, comme peintre, et dans sa vie privée avec les femmes, au point d’en avoir trois … mais un jour il décide de tout quitter. La Gouvernante/Die Gouvernante, de Stefan Zweig (1881-1942), extrait de Romans, Nouvelles et Récits, prem. parution 1907. Un drame familial, raconté du point de vue de deux fillettes observatrices et sensibles. Un très beau recueil !
Prochainement, on reclassera toutes ces découvertes en genres littéraires, comme pour les saisons précédentes.